VII.

Plusieurs qui ont voullu nourrir les vers dans les villes et aillieurs, acheptant les fueilles, les tables[286], et loüant les personnes, cela leur a faict faire des fraiz extraordinaires, qui en pourroit dégouster beaucoup; mais ce qui leur a cousté un escu ne coustera pas un sol aux villages, ayant une fois leur équipage dressé et les fueilles sur les lieux. Ce qui donnera extresme plaisir et proffict à la noblesse et autres des champs qui auront planté nombre desdicts meuriers. Et faut notter qu'à l'advenir ceux qui en feront aux villages ne leur coustera du tout rien, attendu que les pauvres femmes et enfans qui n'ont point d'occupation nourriront lesdicts vers, ainsi qu'on faict en tous lieux.

VIII.

Parlant des soyes de la France, il sera représenté les belles estoffes qui s'en fabriquent, et mesmes enrichies de l'or et argent façon de Milan faict dans Paris[287], et les ouvriers qui font lesdites estoffes sont aucuns d'iceux François et la pluspart enfans de ceste ville. Ce qui monstre que ce royaume a esté grandement abusé en toutes sortes de manufactures estrangères, attendu qu'il n'y a sorte d'estoffe au monde, difficille qu'elle soit, que les dits ouvriers françois ne facent en perfection.

IX.

Or est-il que depuis que Sa Majesté a veu le nombre et quantité des belles soyes qui se sont faictes ceste année à luy présentées de plusieurs eslections, et après en avoir veu les estoffes qui en sont provenues, il en a esté fort satisfait, et ayant gousté ceste belle et notable entreprise, se sont presentez des hommes cappables, et de jugement, qui font réussir la fabrication des dites estoffes, qui redondera par tout ce royaume, nonobstant les calomnies de ceux qui n'ont l'entendement ny le courage de telles entreprises. Et faut croire que toute la France aura une obligation perpetuelle aux entrepreneurs et autres grands et notables personnages qui y travaillent continuellement que sa dite Majesté y a commis.

X.

Ceste entreprise à Paris monstre le chemin sur ce qui se poura dresser des magasins de toutes sortes de marchandises aux meilleures villes des Provinces[288], ainsi que font tous les pays qui fabriquent grand nombre d'estoffes, lesquels magasins se maintiennent en richesses, attendu qu'ils ne prestent jamais, ains ce font les marchans qui acheptent dans les dits magasins, qui font crédit aux autres marchands forains, lesquels sont subjects aux naufrages de banqueroutte, et non iceux magazins. C'est pourquoy leur fondz et proffict est infaillible. Ce qui servira pour donner advis à ceux qui voudront faire telles entreprises pour faire proffiter leur argent, attendu qu'il sera en plus de seureté que non poinct les bailler aux changes et rechanges damnables et autres usures contre Dieu et ses lois.

XI.

Sur ce qu'il est traicté d'establir des bureaux publicqs et magazins pour le traffic et negoce, sera faict une comparaison de sa police à une ville, maison ou édifice ruiné qui se doibt rebastir jusques aux fondements. Ainsi est-il de la police des marchands, arts et mestiers, n'y voyant qu'abuz et tromperies aux marchandises, ne les faisant bonnes ny loyalles, et les ouvrages et manufactures au semblable. C'est pourquoy Messieurs les commissaires redressent les reiglemens et polices avec tel ordre et douceur que le public en sera soulagé, puis que Dieu par sa grâce a donné sa saincte paix, par laquelle se remettra tout ledict commerce et negoce au bien et soullagement du peuple et de l'Estat.