Que si, luy dy-je alors, la Parque
Qui trame le fil de tes jours
N'en arreste bien-tost le cours;
Je te feray passer la barque.
Le R.[121] est une epinette
Dont je gouvernois les accors;
J'avois eu la clef par le cors[122]
Qui me fait maintenant faillette.
Si j'eusse bien sceu la musique,
Pour accorder cet instrument
Et ne chanter si hautement,
Chacun ne me feroit la nique.
C'est des tons divers l'ignorance,
Et du moyen de s'en servir,
Qui fait maintenant asservir
Mon cœur, mon bras et ma vaillance.
Celuy qui donne la mesure
Cogneut mon ton trop elevé:
Tu n'a pas, dit-il, espreuvé
Que vaut en musique cesure.
Que si quelqu'un par aventure
Entre en ma place en ce concert,
Qu'il sache que le tenor sert,
Et seul est exempt de cesure.
Que s'il veut toucher l'espinette,
Il faut cognoistre les ressorts,
Et n'imiter pas les efforts
De quelque eclatante trompette.
Car c'est irriter la fortune,
Ceste implacable deité,
Tousjours diverse à l'unité,
En diversité tousjours une.
Fin.