Mais, pour autant que Dieu on y revère,
Que dans ces fers quelque chose on espère,
Qu'on y entend l'Evangile prescher,
Un Purgatoire à bon droit je le nomme,
Le Purgatoire où l'on nettoye l'homme
De tous ses biens jusques à l'escorcher.
Non, le forçat n'a point si rude guerre
Que celuy là que la prison enserre;
Car le captif est tout rongé de soing,
Hoste forcé de quatre grands murailles,
Et le forçat fréquente les batailles,
Sans le plaisir qu'il a d'aller au loing.
Ceux là qui sont condamnez par justice
Sont secourus par la mort du supplice;
Car par la mort vont cessant les douleurs
Où le captif cent mille morts espreuve;
Car, en lieu d'homme, en prison il se treuve
Hidre fecond d'angoisses et malheurs.
Ceux là qui sont aux feux insatiables,
Ne peuvent estre encor' si miserables:
Ils n'ont que l'ame en peine et en tourment,
Où le captif souffre de corps et d'ame;
Car la prison sert à son corps de lame,
Et à l'esprit son corps de monument.
Les passions de cent douleurs cruelles,
Que cent mille ont par menues parcelles,
Le prisonnier les endure tout seul;
Car la prison, sa mortelle ennemie,
Le couvre tout de playe et d'infamie,
Et aux vivans elle sert de cercueil.
Il est encor en plus extresme peine
Que celuy là que la pauvreté meine
Dans l'hospital, saisi d'infirmité;
Car là dedans mainte et mainte personne
Par charité de nouveau bien luy donne,
Et au captif tout le sien est osté.
L'aigle vengeur bequette Promethée;
Sisiphe monte et dessend sa montée;
Tantalle a soif tout au milieu de l'eau;
Sur une roue Ixion porte angoisse;
D'un crible en vain les Belides sans cesse
Vont espuisant un infernal ruisseau.
Le prisonnier a tout seul en partaige
De ces damnez la souffrance et la rage;
Il a pour aigle un cœur au dur soucy,
Et pour montaigne un desir de franchise;
Prier son juge est le lac qu'il espuise;
La pauvreté le rend sec et transi.
Thezée fut tiré hors du dedalle
Par le fillet d'une vierge royalle.
Mais quel fillet le peut tirer d'icy,
Et quel amy luy tendra la fisselle
Pour le tirer de maison si cruelle,
Maison cruelle et maison sans soucy?
Maison cruelle, où loge la misère,
Où l'ennemy se monstre et se declaire,
Et où l'amy se cognoist par effect,
Où les humains sont enterrez en vie,
Où la pitié est estainte et perie,
Et où le corps par martyre est deffaict.