Pan. Vous mantés, inposteur; vous aurés dronos[400] sur ce beq de corbin. Je ne pouvois plus tenir mon eau. Je luy ay fait manger ses parolles.
Guer. Estrille, estrille le, Panurge, iquet marroufgle. I m'en vais li faire ine Guéridon.
Ce crassous savetié, infantour de miseres,
Come inpaerturbatour en soit mis os galeres.
Ainsi tous les factions y puissiant allé per ecrire di quele longue plgume; coment olat fait gile, iquet vilein! I dis sur iqu: malhour à qui prendrat les armes, so nest pre lou service do Rey.
Pan. Il faudrait punir ces discoureurs et conteurs de balivernes. Il y en a qui parlent si advantageusement de ceux qui troublent l'estat et qui nous mangent, que c'est une honte. Je veux coiffer le premier que je rencontreray, qu'il s'en souviendra trois jours après la feste.
Ant. Mes bons amis, vous voyés en la personne de ce maistre savetier une vive image et naïfve representation de la populace et des esprits foibles qui courent à la nouveauté sans sçavoir pourquoy. Ils ayment et hayssent, louent et blasment une mesme chose. Ainsi les anciens ont dit que le peuple estoit une beste à plusieurs testes, aveugle, ignorant, et par consequent opiniastre et inconstant.
Guer. O l'et come la girouete din chatea qui se viret à tous vens. Agarés ben la lune, i cré quo serèt malaisé de li faire ine robe per tous lous jours.
Ant. Cependant, comme dit Panurge, il faudroit punir ces charlatans qui contre toute justice exaltent ainsi les perturbateurs du repos publiq: car posé qu'ils fussent bien fondés, les moyens et procedures ne sont pas justes.
Guer. Ol en est come des antes[401] dau compère Michea, qui estiant des beles diquele terre; o les emundit hors de tans: cordiene, li mourirant toutes une nuit.
Ant. A Dieu, Panurge; à Dieu, Guéridon; mes amis, le ciel nous conserve en paix. O que c'est une bonne chose! et souvenés vous que jamais personne ne s'ataque à son Prince souverain qu'il n'en paye les pots cassés tost ou tart.