De cet ordre on reconnoist la prudence et l'affection de son Altesse royale, de messieurs les princes et de l'Union, puisque, par ce moyen, non seulement les pauvres tireront un grand soulagement dans leur disette, mais encore les mieux accommodez se trouveront en seureté et hors de la crainte du pillage et de l'emotion que la necessité auroit pu exciter faute de vivres.
Les Louanges de la paille[420].
Ma foy, je ne m'estonne guiere
Que froment soit graine si chiere,
Si la paille a tant de vertu.
Quoy! le plus Mazarin du monde
Est à l'abry des coups de fronde,
S'il est à l'abry d'un festu!
Quelle merveille que la paille,
Qui passe pour un rien qui vaille,
Ait tant d'effet sur le chapeau!
Le plus vaillant de tous les hommes
(Prodige en ce temps où nous sommes)
Sans elle tremble dans sa peau.
Sans elle passez par la rue,
Chacun vous chifle, befle, hue,
Et vous fait bien pis quelquefois;
D'espingle la fesse on vous larde,
On vous applique la nazarde,
Et vostre dos porte le bois.
Sans elle, quand bien vos pensées
A Dieu seul seroient addressées,
Vous haïssez le commun bien;
Disiez vous vostre patenostre,
Fussiez vous plus saint qu'un apostre,
Sans elle vous ne valiez rien.
Sans elle vous avez la mine
D'estre cause de la famine
Et des maux que fait le soldat;
Le Mazarin est vostre maistre.
Sans elle vous passez pour traistre
Et pour ennemy de l'Estat.
Sans elle contre la Bastille
(Non contre la Maison de Ville[421])
Vous machinez quelques desseins;
Vous y voulez loger Turenne,
Pour par la porte Saint Antoine
Introduire ses assassins.
Sans elle vous avez envie
Que la faim finisse la vie
De ceux qui veulent l'Union,
Cette Union si necessaire
Pour livrer un lâche corsaire
Entre les griffes du lion[422].