Je braveray l'amour, et d'une belle audace,
Ne craignant leur rigueur ny souhaittant leur grace,
Des dames je prendrai tout ce que je pourray;

Je les feray resoudre à oublier leur gloire,
A se laisser conduire, à prier et à croire
Qu'elles feront enfin tout ce que je voudray.

III.

Lors que premièrement nous abordons les dames,
Nous qui avons l'honneur de la perfection,
Elles ont (je le sçay) de toute esmotion
Pour nous vouloir du bien les agreables flames.

On cognoist aussi tost les delicates ames
Donner lieu doucement à leur affection,
Et si elles osoient, plaines de passion,
Elles descouvriroient leurs amours par leurs larmes.

Cependant, finement par l'art de leur beauté,
Elles sapent nos cœurs, et nostre volonté,
Aise, se laisse aller à leur bel artifice,

Et nous ne voyons pas combien dedans leur cœur
Se logent de desdains, de mepris et d'erreur,
Mais nous sacrifions nostre âme à leur malice.

IIII.

Leur faisant les doux yeux, nos vœux elles reçoivent,
Et d'un soupir larron feignans mesme desir,
Nous tirent doucement pour se donner plaisir
Par les evenemens qu'au cœur elles conçoivent.

Vrayment, quand doucement nostre âme elles deçoivent,
De je ne sçay quel bien nous nous sentons saisir;
Que, peu considerez, nous n'avons pas loisir
De voir en leurs façons ce que tous apperçoivent.