Notes
[1]: Cette satire, dont le second titre, La Miliade, vient de ce qu'elle est composée, de mille vers, fut plusieurs fois réimprimée, mais est pourtant assez rare. La première édition, petit in-12 de soixante-six pages, à la fin de laquelle on lit: Imprimé à Anvers, est de beaucoup la moins commune. L'édition in-4o, qui date du temps des mazarinades, comme l'indique assez son format, se trouve plus facilement; c'est elle, qui nous sert ici pour notre texte. La Milliade fut aussi réimprimée dans les diverses éditions du petit recueil de pièces: Le tableau de la vie et du gouvernement de Messieurs les cardinaux Richelieu et de Mazarin, et de M. Colbert, etc. On la trouve, p. 1-28, dans l'édition de Cologne, P. Marteau, 1694, in-12. Où fut-elle d'abord imprimée? M. Leber pense qu'elle doit, comme les autres satires les plus violentés de ce temps-là, être évidemment sortie d'une cave de Paris. (De l'état réel de la presse et des pamphlets depuis François Ier jusqu'à Louis XIV, 1834, petit in-8, p. 100.) Richelieu étoit d'une opinion contraire; il pensoit que toutes ces méchancetés venoient des Pays-Bas: «Les pièces qu'on imprimoit à Bruxelles contre lui, dit Tallemant (édit. in-12, t. II, p. 171), le chagrinoient terriblement. Il en eut un tel dépit que cela ne contribua pas peu à faire déclarer la guerre à l'Espagne.» La Milliade étoit de celles qui lui tenoient la plus au cœur. Tallemant ajoute, en effet, en note: «L'écrit qui l'a le plus fait enrager a été cette satire de mille vers, ou il y a du feu, mais c'est tout. Il fit emprisonner bien des gens pour cela, mais il n'en put rien découvrir, Je me souviens qu'on fermoit la porte sur soi pour la lire. Ce tyran-là étoit furieusement redouté. Je crois qu'elle vient de chez le cardinal de Retz; on n'en sait pourtant rien de certain.» On a beaucoup cherché ce que Tallemant avoue n'avoir pu découvrir. Les uns, tels que le Père Lelong (Biblioth. franç., t. II, no 22,095; et t. III, no 32,485; 516), l'attribuent à Charles Beys. Barbier (Dict. des Anonymes, t. II, p. 37-38) est du même avis. Peiguot, de son côté, l'attribue à Favreau. Ce qui semble, toutefois, le plus probable, c'est que la Milliade est de Louis d'Epinay, abbé de Chartrice, en Champagne, comte d'Estelan, etc. La Porte le dit d'une façon formelle dans ses Mémoires (collect. Petitot, 2e série, t. 59, p. 356). Il ajoute que, pour cette satire, «il y avoit alors quatre ou cinq prisonniers à la Bastille»; ce qui confirme ce qui a été dit tout à l'heure des nouveaux emprisonnements dont la Milliade fut cause. Il ne manque à l'opinion de La Porte que le témoignage de Tallemant. Il est singulier que lui, qui savoit tout, et entre autres beaucoup de choses de cet abbé d'Estelan, puisqu'il lui a consacré toute une Historiette (édit. in-8, t. III, p. 259-263), il n'ait rien dit, ne fût-ce que pour la démentir, de cette attribution qu'on lui faisoit de la Milliade; et c'est d'autant plus surprenant qu'il parle de l'humeur satirique de l'abbé et de ses écrits contre Richelieu. Ce silence de Tallemant n'implique toutefois qu'un doute contre l'assertion si nette de La Porte.—A la fin de la Fronde, en 1652, lorsqu'on étoit à bout de méchancetés contre Mazarin, on réimprima contre lui la Milliade, en se contentant de changer les noms, et aussi le titre. Voici celui qu'on lui donna: Le Gouvernement de l'Etat présent, où l'on voit les fourbes et tromperies de Mazarin, etc. «Il ne faut pas, dit M. Moreau, confondre cette pièce avec la Milliade ou l'Eloge burlesque de Mazarin (Bibliographie des Mazarinades, t. II, no 1502).
[2]: Gilles Carillo Alvarès d'Albornos, archevêque de Tolède, grand homme d'Etat du XIVe siècle et l'un de ceux qui contribuèrent le plus a mettre l'Italie sous la dépendance du Saint-Siége. Quant à Ximenès et au cardinal d'Amboise, dont les noms accompagnent celui-ci, on les connoît assez.
[3]: Allusion très hyperbolique aux cinq auteurs dont Richelieu s'étoit entouré et s'étoit fait une sorte de petite académie intime.
[4]: Le maréchal de Marillac avoit été décapité le 8 mai 1632, en place de Grève, et le 30 octobre suivant Henri de Montmorency, aussi maréchal de France, avoit subi le même supplice à Toulouse.
[5]: Ces quatre princesses exilées doivent être la reine mère, qui depuis longtemps déjà avoit dû quitter la France; la princesse de Conti, la duchesse de Chevreuse et la duchesse d'Elbeuf. Elles avoient pris part, contre Richelieu, aux intrigues de l'année 1631, et avoient en effet été envoyées en exil, ainsi que la duchesse de Lesdiguières et Mme d'Ornano.
[6]: Michel de Marillac, frère du maréchal, fait garde des sceaux en 1626, avoit dû se démettre de sa dignité en 1630, et depuis ce temps il avoit été tenu prisonnier, d'abord au château de Caen, ensuite en celui de Châteaudun, où il mourut le 7 août 1632.
[7]: Maître des requêtes, par qui commença la fortune de cette famille, dont faisoit partie M. de Machault, contrôleur général des finances sous Louis XV. Ils descendoient, disoit-on, du renégat juif Denis Machault, qui disparut en 1398, peu de temps après son abjuration. Plusieurs de ses coreligionnaires, soupçonnés de l'avoir tué, furent condamnés à payer une forte somme, avec laquelle on commença la construction du Petit-Pont (Piganiol de La Force, Descript. de Paris, t. II, p. 70.). Une inscription en toutes lettres sur laquelle on lisoit: Judœus, nomine Machault, attestoit ce fait. Elle disparut lors de l'incendie du Petit-Pont, en 1718, et l'on eut soin de remarquer qu'un Machault étoit alors lieutenant civil (Mémoires de d'Argenson, édit. elzev., t. II, p. 362).
[8]: Isaac de Laffemas, dont on a dit tant de mal. Tallemant, qui n'est jamais le dernier à faire chorus de médisance, a dit pourtant de lui (édit. in-8, t. IV, p. 32): «Quand le cardinal de Richelieu lui fit exercer par commission sa charge de lieutenant civil, il y acquit beaucoup de réputation et ôta bien des abus.»
[9]: Ce vers et le suivant ne se trouvent pas dans le Tableau de la vie et du gouvernement des cardinaux Richelieu et Mazarin.