Si elle a des moyens, fondée en sa richesse,
Triomphera galande[77] en faisant la maistresse,
Et, pleine de fierté, fascheuse, bravera.

Mesme s'elle estoit laide, ignorante et haire[78],
Elle aura de l'orgueil, car elle pensera
Qu'elle a je ne sçay quoy dont nous avons affaire.

VII.

Je ne regrette point, douce-belle maistresse,
De vous avoir servy, car vous le meritiez;
Mais, loin de ce bel œil duquel vous m'allumiez,
Je plains d'avoir cogneu des autres la rudesse;

Ma belle, vivez donc sans peine et sans detresse,
Et vous, vivez aussi, vous qui humiliez;
Mais vous dont le cœur feint fait que fière soyez,
Perissez de fureur, de despit, de tristesse.

Belle, quand j'adorois l'honneur de vos beaux yeux,
Humble je leur estois, car ils m'estoient piteux;
Mais les autres beautez indignes qu'on admire

Pour se faire valoir font mourir un amant,
Et à plusieurs amis octroyent librement
Ce qu'un pauvre abusé mal à propos desire.

VIII.

Vous ne sçavez que c'est, vous qui blasmez amour;
Vous n'avez point senty d'un bel œil la blessure,
Mais vains et paresseux ennemis de nature,
Passez loing de l'honneur indignement le jour.

Vous sçavez bien que c'est, vous qui prisez l'amour,
Qui dans le cœur avez d'un bel œil la blessure,
Qui, prompts et diligens, dignes fils de nature,
Passez selon vertu heureusement le jour.