Cet homme est des plus admirables
A raffiner tous les metaux,
Et changer ces fiers animaux
En belles assez raisonnables.
Or, pour marque de son sçavoir,
Dans sa loge vous pouvez voir
Des testes de femmes et filles
Qu'il a fondues dextrement,
Et fait devenir plus docilles
Par l'effort de son instrument.

On repare icy les cerveaux
Des femmes les plus obstinées
Qu'on arrive en mille vaisseaux.
Pour mettre sous ses cheminées.
Ce vallet qui court promptement
Les reçoit à chaque moment,
Ravy de voir tant de pratique.
Cet homme avec son hottereau
Va decharger en la boutique
La pesanteur de son fardeau.

Un certain envoye à la forge,
Par un crocheteur rude et fort,
Malgré elle et tout son effort,
Sa femme, afin qu'on la reforge.
Elle veut toujours resister,
Mais enfin il l'y fait porter
Pour qu'on l'y refasse la teste.
Vous y viendrez, chez le limeur,
Luy disoit-il, méchante beste,
Pour faire changer votre humeur.

Sur le dos d'une beste asine
Deux paniers je vois proprement
Qu'un singe assis plaisamment
Guidoit avec une houssine;
L'animal gemit sous le faix
De ces testes pleines d'excès
Dont on souffre tant de caprice.
Au dessous on voit en escrit:
Il est plus chargé de malice
Que le singe qui le conduit.

En voicy une infinité,
A pied, à cheval, en civière,
Qui viennent de chaque costé,
Comme en cage, en coche, en littière;
On les porte chez l'artisan,
Qui se montre lassé d'ahan
Lors que sur la langue il les touche;
Car, les retirant du fourneau,
Pour adoucir leur fière bouche
Il la rabat de son marteau.

Or, l'enseigne de sa maison
C'est une femme decollée,
Qu'à bon tiltre et juste raison
Tout-en-est-bon il a nommée.
Pour son secret rare et divin
On l'appelle le medecin
Et l'operateur cephalique;
Et, comme il est tres-obligeant,
Il aide de son art chimique
Sans recevoir aucun argent.

Mais si cet homme incomparable
Fond les testes si dextrement
De ce sexe altier et charmant,
Qui nous est tant inexorable,
On en doit pourtant excepter
Ces objets qu'on voit habiter
La merveille des autres villes,
Où, sans perdre leur gravité,
Les dames sont aussi civilles
Qu'elles sont pleines de beauté.

Elles surpassent en blancheur
Le teint du lys et de la neige;
Et leur attrayante douceur
Finit un tourment, ou l'allege.
Leur taille, leur grace et leurs yeux
Font des efforts victorieux
Sur les cœurs des plus indomptables;
Et leur bouche, et leurs belles mains,
Sous des loix assez equitables
Asservissent tous les humains.

Ce n'est donc pas dessus sa forge
Que cet insigne LUSTUCRU,
Grand raffineur d'esprit bouru,
Ramolissoit leur belle gorge.
Les belles dames de Paris
Font trop d'honneur à leurs maris,
Pour meriter qu'on les relime;
Et celles que les ouvriers
Repurgeoient d'ordure et de crime
Estoient toutes d'autres quartiers.

Mais que vois-je icy de nouveau?
Sont des femmes qui font carnage,
Et qui, dans cet autre tableau,
Exercent leur fiel et leur rage;
Sur le corps d'un seul innocent
Elles vont toutes s'empressant
Pour le trancher en mille pièces;
Sans doute il n'evitera pas
La fureur de tant de tigresses,
Qui luy vont causer le trespas.