Singe sans fourbe et sans malice,
Singe de cour sans artifice,
D'un prince que j'aimois favori sans hauteur,
Son domestique sans bassesse
Et son complaisant sans fadeur,
Je sçus par mes talens mériter sa tendresse.
Homme, de qui le lot fut, dit-on, la raison,
Souffre que je te parle en maistre:
Mon portraict, utile leçon,
T'apprend ce que tu devrois être.
De l'imprimerie de Jean Batiste Coignard,
Imprimeur ordinaire du Roy.
1723.
Avec permission.
Le vray discours sur la route[154] et admirable desconfiture des Reistres[155], advenue par la vertu et prouësse de Monseigneur le Duc de Guyse, sous l'authorité du Roy, à Angerville, le vendredy xxvij de novembre 1587; avec le nombre des morts, des blessez et prisonniers.
A Paris, par Pierre Chevillot, au Palais, en l'allée de la Chapelle Saint-Michel.
M.D.LXXXVII
Encores que nous soyons en possession sur tous les autres peuples de la terre de ce beau et excellent tiltre de tres chrestien peuple françois, si est-ce que nous sommes si prompts à nous deffier de la grace et misericorde de nostre Dieu, que, lors que les affaires ne nous viennent à poinct nommé et selon que nous les avons pourpensées, nous nous laissons très-lachement couler en une desasseurance de la bonté divine: il ne fault pour preuve de mon dire que les occurences du present. Noz deportemens portent tesmoignage contre nous-mesmes. La saison nous a esté très-apre, la disette grande, la famine universelle. Nous nous laissons presque emporter au long et au loing.
Mais lorsque le desespoir est prest de nous gaigner, la largesse celeste nous retient: la main de Dieu ouvre ses benedictions et thresors d'abondance: il nous remplit de tant de biens, que nous nous trouvons grandement empeschez à les resserrer. Pour cela, nostre legereté ne peult estre asseurce avec solidité en la puissance celeste; nous faisons de mesmes que ceux lesquels, eschappez d'une très perilleuse tourmente, lorsqu'ils se trouvent à bord, ne se ressouviennent du danger auquel ils ont esté; avons-nous des biens à planté[156], il nous semble que nous ne sommes plus ceux lesquels estions battus de la famine, de la souffrette et nécessite.