Ce qui leur donna un extreme allarme, s'attendans bien de n'avoir meilleur marché que leurs compagnons d'Auneau.

Si jamais vous avez veu des personnes complices d'un vol, et qui, voyans ceux qui leur ont assisté au vol monté sur l'eschelle du gibet, prest à estre jetté du haut en bas, et que d'eux on s'informe de ceux qui ont assisté au vol qui leur ont tenu escorte, vous pourrez vous représenter ces reistres; ils avoient veu quel traictement mon dit seigneur de Guyse avoit faict à leurs compagnons, tant à Villemory qu'à Aulneau; qu'il n'en laissoit eschapper pas un qu'il ne luy fist rendre gorge et poser le butin qu'il avoit fait en France; ils trembloient en eux mesmes, et estoient aussi peu asseuré qu'est le pauvre criminel, lequel ayant receu la condamnation de mort, a en queue l'executeur de la haulte justice, qui le tient attaché du licol par le col. Que font ils? De se sauver, ils ne peuvent. Ils sont prevostables non domiciliez, et pourtant prevoyent bien qu'ils ne peuvent decliner ny reculer en arière, moins pallier la verité, ont recours à la misericorde de la justice; les autres, comme ils se sentent horriblement miserables pour leurs forfaicts, desesperans que la justice puisse aucunement leur faire grace et misericorde, brisent et rompent les prisons.

De mesme, peuple françois, il en est pris aux ennemis de la France. Les Suisses, recognoissans qu'ils avoient offensé griefvement contre la majesté du roy, ont tasché de le rappaiser; il n'ont cessé à le poursuyvre de leur vouloir donner un pardon et passeport à ce qu'ils eussent moyen d'eux retourner en leur pays, protestants de ne porter jamais les armes en France contre sa dicte Majesté, ny contre l'Eglise catholique, apostolique et romaine, benefice duquel, jaçoit qu'ils s'en soient renduz indignes par leur grande forfaiture, si croi-je qu'ils jouyront, ayans affaire à un prince lequel, instruit par le Sauveur de tous les humains, ne desire point la mort du pecheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive; ils ont requis mercy à ce grand et invincible Henry, lequel se repute à une victoire très signalée de ce qu'il se rend vainqueur de soy mesme, quittant à ces miserables l'offense, laquelle il avoit moyen de vanger.

Et quant aux reistres et autres François bigarez, qui ont conjuré avec l'estranger contre la France, ils s'en sont enfuis; ils n'ont osé comparoir devant le soleil de justice, devant la majesté du roy très chrestien, leur propre conscience leur donnant affre[163]: ils ne se sont osé asseurer; ils ont fremy de peur. Eux mesmes se sont mis en vau de route pour eviter la justice du prevost; ils ont levé le siege, ils ont brisé les prisons, ils ont bruslé leurs chariots et bagaiges, enterré leur artillerie, pour monstrer qu'ils avoient du courage et de la force par les talons.

Mais, je vous prie, considerons un peu à part nous, peuple françois, qui nous a mis la victoire en main? Qui a humilié ces Suisses? Qui a estouppé et bridé ces pistoliers? Ce ne sont point les forces françoises: l'estranger nous surmontoit. Ce n'est point le bras humain: le prince du monde avoit desployé sa puissance contre l'estat très chrestien, esperant de donner soudainement le coup de ruine à l'epouse de Jesus-Christ. C'est donc Dieu qui a rendu noz ennemis esperdus. Noz forces ont esté les bouteilles de Gedeon. En un mot, peuple françois, si tes ennemis ont vuidé la France, si la France jouit de sa franchise, n'impute point ce bien à la prudence humaine: elle ny voyoit goutte; moins à noz forces: elles estoient trop foibles; ains à la toute puissante grace de Dieu, lequel a voulu encores pour ce coup te garentir des pattes du loup et de la griffe du lyon. N'espère qu'en luy; ne l'appuie sur ce qui est de l'extérieur. Dieu fait ses miracles et œuvres prodigieuses lors que toutes choses sont reduites au desespoir. De ma part je presage, mes vœux tendent là, que Dieu veult retirer son courroux de nostre France, moyennant que par recognoissance de noz faultes et repentance de noz pechez nous nous rendons capables de sa digne faveur.

Desja, peuple chrestien, françois, parisien, je vois que tu te veux estranger au nombre des ingrats et mescognoissants, attendu que si tost que ceste heureuse nouvelle de la route de noz ennemis nous a esté annoncée, il n'y a eu celuy d'entre nous qui ne se soit bandé pour en remercier humblement la majesté divine; et pour plus particulièrement tesmoigner l'obligation que tous unanimement nous avons recogneue avoir reçue par ceste signalée desconfiture, nous nous sommes tous assemblez pour presanter à la divine majesté l'hymne Te Deum laudamus, messieurs de la cour et autres corps de la ville y assistans avec une grande et solennelle ceremonie.

Dieu par sa saincte grace vueille que ce soit avec fruit et utilité, et face prosperer à toujours les heureux et sages desseins de nostre Roy, l'assiste de bon conseil chrestien et prudent, à ce que ce royaume françois puisse fleurir à son honneur et gloire, et à l'edification de sa sainte Eglise.

Courage donc, peuple françois! Tu vois le Dieu des armées de ton costé, qui empoigne la querelle, qui tracasse les ennemis, qui donne du courage et de la force au vrais chrestiens et François pour chasser l'estranger; que l'heur est inopinement de ton costé, que tu jouis de la victoire, que noz ennemis ont reçeu la perte, le dommaige et le joug; que le champ de la battaille nous est demeuré. Il te faut en louer et benir la majesté divine, et la supplier que tousjours il luy plaise de continuer sa favorable assistance, tendre les mains à sa bonté.

Fin.