Mon cœur, que je te dise adieu. Baise-moy encore un coup pour la dernière fois; je te prie de ne m'oublier jamais.

Le Mary.

Hé bien, m'amie, hé bien, ma fille, mon pauvre cœur, tu ne me veux rien dire? Ne me connois-tu point? Ma fille, parle un petit à moi; hé, dis-moy encore une pauvre parole. Ah! mon Dieu, je croy qu'elle est passée! Ah! que je suis misérable! Ah! que j'ay perdu une bonne femme! Ah! que c'estoit une bonne mesnagère! Je ne trouverray jamais sa pareille: c'estoit la femme de la meilleure humeur. Ah! mes enfans, que vous avez perdu une bonne mère! Vous avez perdu la plus belle rose de vostre rosier, mes pauvres enfans!

Perrette.

Hé! Monsieur, qu'est-ce que vous pensez faire de vous affliger tant? Il vous faut conserver pour survenir à vos enfans: car s'il vous alloit ecasser du mal, ce seroit une terrible playe pour vos enfans.

Le Mary.

Mais quoy? ou iray-je! de quel costé me tourneray-je! Helas! j'ay perdu toute ma consolation! Combien ay-je de mal au cœur, quand je vois tant de pauvres petits enfans après moy! Hélas! que j'ay la queuë longue[211]! Je n'avois le soing de rien, et à cette heure, il faut que j'aye le soing de mon mesnage et de ma vacation.

Perrette.

Monsieur, encore faut-il se consoler avec Dieu. Vous avez perdu une bonne femme, et moy j'ai perdu une bonne maistresse. Hélas! je disois qu'elle estoit si grondeuse; mais pleust à Dieu qu'elle fust encore au monde, à la charge de la gouverner encore autant que j'ay fait: la pauvre femme! c'estoit le mal qui luy faisoit dire cela. Hé! Jesu! que j'ay perdu une bonne maistresse!

Le Mary.