A Paris.—M.DC.XLI.


A haute et puissante dame Madame la marquise de Lezay[2].

Madame,

Comme je suis extremement obligé à vostre grandeur, qui m'a receu à vostre service au temps que j'estois delaissé d'une bonne partie de mes plus familiers amys; maintenant que je respire le doux air qui s'exale en moy par vostre faveur, je ne sçay comme quoy recompenser ce vray office de charité que vous avez employé en mon endroit, si ce n'est par des services continuels, suivis d'une parfaite humilité deuë à vostre qualité: ayant desja acquis par vostre bienveillance le titre de maistre d'hostel, charge de laquelle j'estois indigne[3], si l'ordre que vous avez estably en vostre maison ne m'y eust dressé et appris; protestant de vostre prevoyance, est le meilleur que j'aye jamais veu pratiquer, depuis que j'ay l'honneur de servir les grands; car l'on peut dire avec vérité que vous estes cette femme que le sage appelle forte, capable d'édifier et gouverner la maison du juste, tant il est vray que toute choses sont en la vostre prudemment observées: ce que considérant en moy-mesme, je me suis représenté l'estat malheureux auquel beaucoup de personnes se trouvent enveloppez pour n'avoir pas conduit leur mésnage assez dextrement; et sur cette pensée, je suis avisé de les envoyer chez vous pour apprendre leur leçon, car je sçai par bonne experience qu'ils n'auront pas esté deux fois en vostre escole, sans en tirer un grand profit; mais comme la presse seroit trop grande, je vous supplie, Madame, de recevoir ce petit traité, que je presente à vostre grandeur, pour puis apres estre (suivant vostre volonté), eslargy et donné au public, quoy qu'il ne soit digne de vostre hautesse, si ne laissera il pas de monstrer et apprendre aux nouveaux maistres d'hostels le contenu de leur charge; vous me le permettez, Madame, s'il vous plaist, car estant sous vostre protection, il sera exempt de la censure des medisants, et pareillement receu de beaucoup d'esprits curieux qui en pourront faire leur profit. Continuant mes vœux en vous servant fidèlement, je demeureray

Madame,

Vostre très humble, affectionné et obeyssant serviteur,

Crespin.


Au Lecteur.