Je sors à mon avril encore de l'étude,
Et à peine vingt fois ay-je veu le printemps[140];
Mais si ay-je cherché maintes fois l'habitude
De passer par vertu le reste de mes ans,
Lorsque, dissuadé en mainte et mainte sorte,
Je voyois avec moy ung nombre d'escoliers
Estudier pour se mestre en l'epoisse cohorte
De ceux quy n'ont suivy les vertueux sentiers.
Le temps, le temps n'est plus qu'on mettoit la jeunesse
Au chemin de vertu pour suivre les prudens;
Celuy-là quy se croist estre issu de noblesse
Ne recherche aujourd'huy rien que le cours du temps.
O cours trop corrompu et semé de malice!
Helas! que ceux quy vont poursuivant les honneurs,
Poursuivent, malheureux, d'imprudence et de vice,
Pour se voir en un coup accablé de malheurs.
Je scay que la plus part de ceux quy estudient
Cherchent, ambitieux, un chemin d'estre grands:
L'un aspire aux estats et les autres se fient
En leurs biens quy les font à jamais ignorants.
Si l'hoste eust recherché, ce mignon dont je traicte,
Un moyen vertueux pour parvenir un jour,
Helas! il n'eust pas faict aux enfers sa retraicte,
Ains bienheureux seroit au celeste séjour.
S'il eut, s'il eut suivy de son maistre la piste,
Il n'eut pas convoiteux entreprins tel me faict;
Mais il ne savoit pas en quoy l'honneur consiste
(Bienheureux celuy là quy pour son bien le scait).
Il a seul entrepris contre l'estat de France,
Et seul pour cest effect il le pace là-bas.
Je dy depuis son règne ou bien sa cognoissance,
Car du passé plus loing je ne parleray pas.
Que son maistre a regret qu'une ame si mechante
Aye pris nourriture un temps en sa maison:
Mais souvent mauvais fruict sort d'une bonne plante[141],
Et se n'en doibt partant facher outre raison.