Ce lundy au soir.

Je ne pus hier respondre à vostre billet, parce que j'avois du monde, et je croys que je n'y respondray pas aujourd'hui, parce que je le trouve trop obligeant. Je suis honteuse des louanges que vous me donnés, et d'un autre costé, j'ayme que vous ayés bonne opinion de moy, et je ne veux vous rien dire de contraire à ce que vous en pensés. Ainsi, je ne vous respondray qu'en vous disant que M. le comte de Saint-Paul[185] sort de céans, et que nous avons parlé de vous une heure durant, comme vous sçavez que j'en sçay parler. Nous avons aussi parlé d'un homme que je prends toujours la liberté de mettre en comparaison avec vous pour l'agrément de l'esprit[186]. Je ne sçay si la comparaison vous offense; mais quand elle vous offenseroit dans la bouche d'une autre, elle est une grande louange dans la mienne, si tout ce qu'on dit est vray. J'ay bien veu que M. le comte de Saint-Paul avoit ouy parler de ces dits-là, et j'y suis un peu entrée avec luy; mais j'ay peur qu'il n'ait pris tout sérieusement ce-que je luy en ay dit. Je vous conjure, la première fois que vous le verrés, de lui parler de vous-mesme de ces bruits-là. Cela viendra aisément à propos, car je lui ay donné les Maximes, il vous le dira sans doute; mais je vous prie de luy en parler bien comme il faut, pour le mettre dans la teste que ce n'est autre chose qu'une plaisanterie[187]. Je ne suis pas assez asseurée de ce que vous en pensés pour respondre que vous dirés bien, et je pense qu'il faudroit commencer par persuader l'ambassadeur. Néanmoins, il faut s'en fier à vostre habileté; elle est au-dessus des maximes ordinaires, mais enfin persuadés-le; je hays comme la mort que les gens de son âge puissent croire que j'ay des galanteries[188]. Il me semble qu'on leur paroist cent ans dès que l'on est plus vielle qu'eux, et ils sont touts propres à s'estonner qu'il soit encore question des gens; et de plus, il croirait plus aisément ce qu'on luy diroit de M. de la R. F.[189] que d'un autre. Enfin, je ne veux pas qu'il en pense rien, sinon qu'il est de mes amis, et je vous suplie de n'oublier non plus de luy oster de la teste, si tant est qui le l'eût, que j'ay oublié vostre message. Cela n'est pas généreux de vous faire souvenir d'un service en vous en demandant un autre.

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Je ne veux pas oublier de vous dire que j'ay trouvé terriblement de l'esprit au comte de Saint-Paul.

La nouvelle manière de faire son profit des Lettres, traduitte en françois par J. Quintil du Tronssay, en Poictou[190].

Ensemble: le Poëte-Courtisan.

A Poictiers.