Pour copie conforme,

J. Janin.

Hélas! cette excursion galante du pauvre feuilletoniste en herbe devait être la dernière. Pistolet, malgré son nom, n’était pas né pour mener de front tant de travaux et de tristesses dont se compose la vie littéraire. C’était tout simplement un charmant et bondissant Épagneul, plein de joie, qui ne vivait que pour être un brave Chien, libre de tout préjugé. Il avait en horreur les fureurs de l’amour-propre et les divisions intestines du peuple dramatique. Il était né, non pas pour critiquer toutes choses, mais pour jouir de toutes choses. Rien ne lui déplaisait comme de rechercher les faux jappements dans un concert, les fausses notes dans une voix de son espèce, les fausses couleurs dans le plumage, les faux bonds dans le Cerf qui s’enfuit à travers le bois. Il trouvait beau tout ce qui était la vie, le mouvement, le monde extérieur. Il aimait les Animaux en frères, parce qu’il était leur égal en force, en bonté, en beauté, en courage. Il aimait les Hommes tels qu’ils étaient, parce qu’il n’en avait jamais reçu que bon accueil, bons petits soins, bons offices et croquignoles... Hélas! à l’heure où tout semblait lui réussir, l’ennui le prit à la gorge... Il est mort en disant, lui aussi: J’avais pourtant quelque chose là! Or, ce quelque chose qu’il avait là, c’étaient les nobles instincts du chasseur, c’était le nez du Limier qui fait lever la Bête fauve, c’était l’ardeur vigilante du Chien courant, c’était la patiente ardeur du Chien d’arrêt, c’étaient tous les bonheurs de la chasse aux jours de l’automne. Tels étaient les instincts du noble Animal; mais, contrairement au vœu de la nature, de ce chasseur on a fait un faiseur de feuilletons, de ce Nemrod on a fait un abbé Geoffroy.

Un monument d’une grande simplicité sera élevé aux frais des amis du critique novice.—On souscrit ici.—Jusqu’à présent, nous n’avons même pas reçu cinquante centimes pour contribuer à l’érection de ce monument funèbre. Quoi d’étonnant? Notre ami Pistolet avait loué tout le monde, il n’avait blessé personne; il avait si peu d’ennemis et tant d’amis!

Mais ce qui coûte moins cher que le tombeau le plus modeste, ce sont des vers funèbres. Voici un petit distique improvisé sur feu Pistolet par un poëte de ce temps-ci, M. Deyeux, qui l’a pleuré comme écrivain et comme chasseur:

La chasse est tout à fait l’image de notre âge
Où tous les orgueilleux ne font que du tapage.

—note de L’ÉDITEUR.—