Paradoxe!... Ces chansons-là n’empêcheront ni les gueux ni les Rats de mourir de faim...

RONGE-MAILLE.

Qui est-ce qui a l’habitude de mourir de faim? Est-ce toi? Es-tu mort hier? Meurs-tu aujourd’hui?

TROTTE-MENU, à part, d’un ton profondément mystérieux.

Qui sait? (Haut.) Si je ne meurs pas, moi, d’autres meurent. Ne vous souvient-il plus de Ratapon et de sa nombreuse famille? Il y avait plusieurs jours que lui et les siens souffraient de la faim; par un beau matin, ils prirent leur courage à deux pattes, et s’en allèrent implorer l’obligeance d’un de leurs voisins, un Cochon gros et gras, dont l’étable regorgeait de glands, d’orge et de légumes. Eh bien! qu’arriva-t-il de cette démarche?

RONGE-MAILLE, impatienté.

Mon Dieu! je le sais aussi bien que toi, ce qui arriva... Réveillé par leurs gémissements, monseigneur le Cochon parut à la fenêtre de son étable et leur dit d’un ton bourru: «Quel est ce bruit et que veut cette canaille?—La charité, s’il vous plaît, monseigneur! répondirent-ils tous à la fois.—Allez au diable! repartit le Cochon, je n’ai pas de trop pour moi.»

TROTTE-MENU, plus lugubre que jamais.

Et puis, le lendemain, le cadavre de Ratapon et des siens jonchaient la campagne... le désespoir et la faim les avaient tués!...