6o Que l’amitié est un sentiment moins vif que l’amour.
Cette dernière question fut abandonnée comme trop ardue, à la réclamation des Éphémères de la compagnie. Un Bernard-l’Ermite la nota sur son calepin, pour la méditer à loisir dans le silence de la retraite.
Je pris le Hanneton par le coude.
«Est-ce qu’il n’y aurait pas moyen, lui dis-je, dans tout ce grand jardin, de trouver un endroit où l’on voulût bien causer sans prétention de quelque chose d’intéressant?
—Si fait, répondit-il en se grattant la tête d’un air embarrassé. Suivez-moi: nous allons vous chercher cela.»
Nous nous envolâmes bien loin dans la nuit sombre. Le Hanneton faisait beaucoup de circuits, et je voyais qu’il ne savait trop par où se diriger.
«Je ne vous offre pas, disait-il, de vous mener là-bas dans ce marais désert où l’on vit isolé comme des Rats d’eau. Nous aurons plus de chance de nous amuser en passant la rivière. Il y a sur l’autre rive des lis où je puis vous introduire. C’est là vraiment qu’existe le savoir-vivre. On ne médit pas les uns des autres, parce qu’il faudrait insérer dans de vilaines phrases des noms qu’on respecte. Ceux qui n’ont pas de bienveillance feignent obligeamment d’en avoir, parce qu’il ne serait pas digne d’eux de parler autrement.
—Vous me faites une peinture fort attrayante. Mais a-t-on de la gaieté dans ce monde-là?
—Dans le pays des lis, on est plus triste qu’ailleurs, pour des raisons qu’il serait trop long de vous donner.
—Diable! ce n’est pas mon compte.»