Là, aidés de tout ce qu’une expérience consommée ajoute à beaucoup de sagacité naturelle, ils étudièrent pendant plusieurs heures ces sombres phénomènes; mais il leur fut impossible d’y rien comprendre; et telle est la conscience de ces illustres savants, que, de peur de se tromper, ils ont mieux aimé se taire, n’osant hasarder aucune conjecture.—Nous attendons.
Veuillent les Dieux que rien ne vienne justifier nos appréhensions!
Paris, le 27 novembre 1841.
Nous recevons de l’Observatoire l’avis suivant:
«Nous savons maintenant à quoi nous en tenir sur la nature du phénomène qui nous a inquiétés. Si nos calculs ne nous trompent pas, et si nous sommes bien informés, ces nuages ne sont rien moins qu’un innombrable amas de Moucherons et autres Insectes armés de toutes pièces. Cette prise d’armes serait le résultat d’un vaste complot qui aurait pour but de renverser l’ordre de choses établi dans notre première assemblée. La conspiration se serait ourdie dans un coin du Ciel. Pourtant, comme les Moucherons n’ont jamais passé pour avoir des opinions politiques bien tranchées, nous espérons pouvoir démentir demain la nouvelle que nous vous donnons aujourd’hui comme certaine.—En tous cas: Caveant consules! Ne vous endormez pas.»
Non, nous ne dormirons pas, et puisque nous avions trop préjugé de la sagesse de nos frères, puisque l’anarchie veille, nous veillerons avec elle et contre elle.
Comme première mesure d’ordre, et pour satisfaire au vœu général, nous publierons de jour en jour, d’heure en heure, s’il le faut, et sous ce titre: le Moniteur des Animaux, un bulletin des événements qui se préparent, de façon que chacun puisse se donner le petit plaisir d’en causer avec ses amis, et de les commenter à sa manière.
Le Singe, le Perroquet et le Coq,
Rédacteurs en chef.