On assure que les Moucherons révoltés cherchent à organiser l’agitation sur tous les points. Un d’eux, le Clairon, musicien habile, a improvisé une marche guerrière intitulée le Rappel des Moucherons.
Nous entendons d’ici les accents de cette musique impie, dont les sons nous arrivent à la fois de toutes les hauteurs de Paris, le Panthéon, le Val-de-Grâce, la tour Saint-Jacques-la-Boucherie, la Salpêtrière, le Père-Lachaise, les colonnes de la barrière du Trône et les buttes Montmartre, sur lesquelles des émissaires ont été envoyés par les chefs du mouvement. Quelques prisonniers ont été faits, mais il a été impossible de les faire parler. «Nous sommes blancs comme neige, ont-ils dit; nous ne savons pas pourquoi nous sommes arrêtés, mais c’est égal, prenez nos têtes!—Vos têtes, Messieurs, qu’en ferions-nous? Que peut-on faire de la tête d’un Moucheron?»
Pourtant nous examinerons cette proposition.
Les prétentions des rebelles sont maintenant connues. L’intérêt général a servi de prétexte à des ambitions personnelles et à des haines particulières. C’est d’une révolution littéraire qu’il s’agit: on veut nous forcer à donner notre démission!!! Si nous refusons, on nous menace d’une concurrence:—nous ne la craignons pas.—Mandataires de tous, nous n’abandonnerons pas le poste qui nous a été confié: on ne nous arrachera notre place et notre traitement qu’avec la vie. Le bien public nous réclame, c’est à lui seul que nous nous devons.
Mais que nous reproche-t-on? Avons-nous été injustes ou partiaux? N’avons-nous pas suivi notre programme et imprimé tout au long ce qu’on a bien voulu nous envoyer, sans préférence, sans choix, aveuglément, comme doit le faire tout bon rédacteur en chef? N’avons-nous pas des papiers par-dessus la tête? de l’encre jusqu’aux coudes et à mi-jambes? Si nous n’avons pas bien fait, enfin, a-t-il tenu à nous que nous ne fissions un chef-d’œuvre?
Le chef de l’insurrection est un Scarabée! le Scarabée Hercule! Le beau nom!