La foule, qu’avait attirée le plaisir bien naturel de voir de près de si grands personnages en l’air, avait eu son spectacle. Quelques anciens admirateurs des rédacteurs pendus ne revenaient pas de leur étonnement. «Est-il possible, se disaient-ils, que des Animaux de cette importance puissent être pendus comme le premier venu! Que va devenir le monde, qui semblait ne se mouvoir que par eux seuls?»
Un Oiseau dont le nom est resté inconnu publia à ce sujet un pamphlet dans lequel il développa cette proposition: «Il est bon que celui qui gouverne ne soit pas tout l’État; car s’il lui arrivait malheur, c’en serait fait de l’État.»
Après l’exécution, M. le Renard jugea à propos de rendre publiques les deux proclamations qu’on vient de lire, et, se trouvant en veine de proclamer, il joignit à ces deux premières proclamations la troisième que voici:
TROISIÈME PROCLAMATION
«Habitants du Jardin des Plantes!
«Investi par votre confiance d’un mandat aussi important que celui de diriger la seconde et dernière partie de notre histoire nationale, choisi par votre libre vœu, je crois inutile d’exposer ici des principes qui m’ont valu vos suffrages.
«C’est à l’œuvre que vous me jugerez; je ne vous ferai point de promesses, quoique les promesses ne coûtent rien. Je ne vous dirai point que l’âge d’or va commencer pour vous. Qu’est-ce que l’âge d’or? Mais je puis vous assurer que quand vous ne trouverez à mon bureau ni plume, ni encre, ni papier, c’est qu’il n’y aura pas eu moyen de s’en procurer.
«Ma devise est: Justice pour tous, et sincérité. Rappelez-vous que si ces mots étaient rayés du dictionnaire, vous les retrouveriez gravés en caractères ineffaçables dans le cœur d’un Renard.
«Votre frère et directeur,
«Le Renard.»