—C’est encore une chose dont je ne me soucie guère, reprit-il; je n’ai point de pays; je ne connais que trois choses: les voyages, ma femme et mes petits. Où est ma femme, là est ma patrie.
—Mais qu’avez-vous là qui vous pend au cou? C’est comme une vieille papillote chiffonnée.
—Ce sont des papiers d’importance, répondit-il en se rengorgeant; je vais à Bruxelles, de ce pas, et je porte au célèbre banquier *** une nouvelle qui va faire baisser la rente d’un franc soixante-dix-huit centimes.
—Juste Dieu! m’écriai-je, c’est une bien belle existence que la vôtre, et Bruxelles, j’en suis sûr, doit être une ville bien curieuse à voir. Ne pourriez-vous pas m’emmener avec vous? Puisque je ne suis pas un Merle, je suis peut-être un Pigeon Ramier.
—Si tu en étais un, répliqua-t-il, tu m’aurais rendu le coup de bec que je t’ai donné tout à l’heure.
—Eh bien! monsieur, je vous le rendrai, ne nous brouillons pas pour si peu de chose. Voilà le matin qui paraît et l’orage qui s’apaise. De grâce, laissez-moi vous suivre! Je suis perdu, je n’ai plus rien au monde; si vous me refusez, il ne me reste plus qu’à me noyer dans cette gouttière.
—Eh bien! en route! suis-moi si tu peux.»
Je jetai un dernier regard sur le jardin où dormait ma mère; une larme coula de mes yeux, le vent et la pluie l’emportèrent; j’ouvris mes ailes et je partis.
III