—Quand la loi fut votée, dit le professeur qui, sorti de sa rêverie, écoutait son élève, elle a inspiré un bien beau mot. Je passais dans le Jardin, je suis arrêté, sous le grand cèdre, par un de nos jardiniers qui lisait le Moniteur, et je lui en fis même un reproche; mais il me répondit que c’était la plus grande des feuilles périodiques. «Est-il vrai, Monsieur, me dit-il, que nous aurons une serre où nous pourrons faire venir les plantes des deux tropiques et garnie de tous les accessoires nécessaires, fabriqués sur la plus grande échelle?—Oui, mon ami, lui dis-je, nous n’aurons plus rien à envier à l’Angleterre, et nous devons même l’emporter par quelques perfectionnements.—Enfin, s’écria le jardinier en se frottant les mains, depuis la révolution de Juillet, le peuple a fini par comprendre ses vrais intérêts, et tout va fleurir en France.» Quand il vit que je souriais, il ajouta: «Nos appointements seront-ils augmentés?...

—Hélas! je viens de la grande serre, monsieur, reprit Jules, et tout est perdu! Malgré nos efforts, il n’y aura pas moyen d’unir Jarpéado à aucune créature analogue; il a refusé celle du Coccus ficus caricæ, je viens d’y passer une heure, l’œil sur le meilleur appareil de Dollond, et il mourra...

—Oui, mais il mourra fidèle, s’écria la sensible Anna.

—Ma foi, dit Granarius, je ne vois pas la différence de mourir fidèle ou infidèle, quand il s’agit de mourir...

—Jamais vous ne nous comprendrez! dit Anna d’un ton à foudroyer son père; mais vous ne le séduirez pas, il se refuse à toutes les séductions, et c’est bien mal à vous, monsieur Jules, de vous prêter à de pareilles horreurs. Vous ne seriez pas capable de tant d’amour!... cela se voit, Jarpéado ne veut que Ranagrida...

—Ma fille a raison. Mais si nous mettions, en désespoir de cause, les langes de pourpre où Jarpéado fut apporté, de son beau royaume de la Cactriane, dans l’état où sont les princes, dix mois avant leur naissance, peut-être s’y trouverait-il encore une Ranagrida.

—Voilà, mon père, une noble action qui vous méritera l’admiration de toutes les femmes.

—Et les félicitations du ministre, donc! s’écria Jules.

—Et l’étonnement des savants! répliqua le professeur, sans compter la reconnaissance du commerce français.

—Oui, mais, dit Jules, Planchette n’a-t-il pas dit que l’état où sont les princes onze mois avant leur naissance...