Des conversations animées s’engagent entre les assistants; on y distingue les voix glapissantes d’individus du sexe féminin.

A trois heures, les jurés rentrent à l’audience.

Le verdict est affirmatif sur toutes les questions; il se tait sur l’admission de circonstances atténuantes.

Le président: «Je recommande à l’auditoire le plus profond silence, le plus complet recueillement. Bouledogues, introduisez l’accusé.»

Le Loup est ramené dans la salle; sa démarche est assurée. Il entend la lecture de la déclaration du jury sans émotion apparente.

Le Vautour général requiert, d’une voix émue, l’application de la peine.

La Cour condamne le Loup à la peine de mort.

La foule immense qui s’est entassée dans le prétoire reste morne et silencieuse; pas un mot, pas un bêlement, pas un geste ne se manifestent. On dirait, à voir tous ces regards fixés sur un même point, tous ces becs muets et silencieux, qu’une même commotion électrique les a frappés tous d’une éternelle immobilité.

Le Loup a été pendu ce matin, messieurs, et les zoophiles n’ont pas manqué cette occasion de renouveler leurs protestations contre la peine de mort. Elles me touchent médiocrement, je vous le confesse, et je ne conçois guère pourquoi ils tenaient tant à conserver un scélérat qui a coupé son frère par morceaux. C’est par respect pour la vie animale? Mais, alors, par quel illogisme ils trouvent tout naturel que vingt ou trente mille pauvres diables se fassent tuer en quelques heures pour une querelle qui leur est ordinairement indifférente! Que le criminel, se dérobant à l’action de la justice, se glisse subitement dans les rangs d’une armée et reste sur le champ de bataille, les philosophes admettent le droit qu’a exercé la société de l’envoyer à la boucherie en compagnie de plusieurs autres, mais elle n’a pas, suivant eux, le droit de purger la terre de la présence d’un monstre!

C’est pour le mieux punir, disent-ils parfois, qu’ils le laissent vivre. Comme ils s’abusent! le forçat entretient toujours l’espoir consolateur de s’évader, il est en plein air, sous un ciel bleu, soustrait aux hasards et aux vicissitudes de l’existence. «Je n’avais ni sou ni maille, peut-il se dire, je ne savais où coucher, si bien que, tuant pour vivre, j’étais exposé à mourir de faim dans un fossé. Maintenant je suis vêtu, nourri, abrité, sans souci du lendemain. On a cru me châtier, on m’a fait une position.»