«—Je vous l’avais bien dit, murmura la Truie à mon oreille. Les voilà qui se querellent, vous êtes sauvé; s’ils s’étaient entendus, vous étiez mort. Mais les bons s’en vont...
«—Suffit, madame, lui répondis-je en employant toujours à dessein une expression impropre, suffit; et j’enfonçai ma tête sous la couverture... Je m’aperçus alors que, malgré ses rideaux blancs, mon lit n’était qu’un misérable lit de sangle, un grabat d’artiste; que rien ne m’empêchait d’en sortir par le pied, et de m’enfuir pendant que la docte assemblée réfléchissait les yeux à demi fermés. Aussitôt pensé, aussitôt fait: je m’enfuis, et me voilà. Mes sauveurs en sont encore à délibérer sur une couverture....»
Ayant dit, le pauvre invalide nous fait sa révérence, et s’en va clopin-clopant. On n’a jamais vu d’auteur de Mémoires plus insouciant de l’avenir de son œuvre. C’est un exemple à empailler.
Nous prions les personnes qui auraient des nouvelles de Médor de ne pas nous en donner. Les Animaux, toujours occupés aux préliminaires de la liberté, n’ont pu fonder de salles d’asile, ni d’hospices.—Ne pouvant secourir notre semblable, nous ne voulons pas en entendre parler. Ce serait encore là de l’humanité, si nous en croyions les Hommes, ces monstres qui s’étouffent et se dévorent les uns les autres, et qui ont osé écrire, je ne sais où, par une hypocrisie détestable: «Après un baiser à ceux qu’on aime, rien n’est plus doux qu’une larme à ceux qui nous ont aimés.»
Pierre Bernard.
TABLETTES
DE LA GIRAFE
DU JARDIN DES PLANTES