—Cela est bon à dire, repartit l’orateur; mais un livre se fait plus facilement qu’une révolution. D’ailleurs, en voulant faire une révolution, on ne fait souvent rien du tout, et quelquefois même au lieu d’avancer on recule. Cela s’est vu.
—Messieurs, dit la Fouine, venant au secours du Renard son compère, c’est à force de se tromper qu’on devient habile. Recommençons.
—Je l’aurais parié! s’écria l’Oiseau moqueur. De l’encre, toujours de l’encre! Un troisième volume, sans doute; et après un troisième, un quatrième, et ainsi de suite, jusqu’à huit, jusqu’à cent, jusqu’à ce que chacun en ait par-dessus la tête. Des paroles toujours et des actions jamais! Mais, ma chère, on se lasse de tout dans les temps où nous sommes, et surtout des bonnes choses. Une ligne de plus, et vous n’aurez d’abonnés que ceux auxquels vous enverrez votre livre gratis; encore ceux-là en viendront-ils à vous le refuser, peut-être.
—Bravo! s’écria-t-on de tous les côtés. Plus d’écritures! plus de paroles! A bas les bavards!»
Il n’y avait qu’un encrier dans la salle, cet encrier fut brisé.
«Il fait ici mauvais pour nous, dit la Fouine au Renard. Les peuples ont toujours lapidé leurs prophètes; prenons garde à nous, mon compère.»
Et d’un autre côté:
«Tout a été de mal en pis, disait le Bœuf.
—J’ai arrosé la terre de mes larmes, bramait le Cerf.
—Et la terre ne s’en est pas émue, répondait la Biche.