AVERTISSEMENT
DE L'ÉDITEUR
DES VOYAGES IMAGINAIRES, &c.
L'enchanteur Faustus, si célèbre chez nos pères, est maintenant absolument ignoré; à peine la tradition a-t-elle transmis à quelques personnes le nom de ce fameux magicien, & sa fin déplorable; il en est très-peu qui aient lu l'histoire de sa vie. Nous rappelons la mémoire de ce roman singulier, monument rare & curieux de l'ignorance & de la crédulité du seizième siècle.
La vie du docteur Fauste ou Faustus a été originairement écrite en allemand: on croyoit alors aux sorciers, & l'auteur s'est plu à accumuler dans son ouvrage tout ce qui peut frapper le plus vivement les imaginations avides des merveilles de ce genre, & ce qui est capable d'inspirer de l'effroi aux esprits crédules. Ce roman a eu un succès prodigieux, non seulement en Allemagne, mais dans toute l'Europe, où les traductions l'ont fait connoître. La traduction françoise est intitulée: Histoire prodigieuse & lamentable du docteur Jean Fauste, grand & horrible enchanteur, avec sa mort épouvantable; où est montré combien est misérable la curiosité des illusions & impostures de l'esprit malin, ensemble la corruption de satan par lui-même, étant contraint de dire la vérité.
Le succès de cet ouvrage étoit dû, comme nous l'avons observé, au crédit qu'avoit alors la magie; nous croyons même que, par une pieuse supercherie, l'auteur a donné son roman comme une histoire véritable. Le but moral qu'il semble s'être proposé, est de nous mettre en garde contre les ruses du diable, qui ne nous procurent de légers avantages que pour nous conduire à une fin déplorable. Depuis que les sorciers & les magiciens ont cessé de nous faire illusion, l'histoire de Jean Fauste n'a plus paru qu'un conte ridicule, qui est insensiblement tombé dans l'oubli. Nous n'en faisons mention que comme d'une production singulière, & qui a donné au comte Hamilton l'idée du conte que nous imprimons, dans lequel l'enchanteur Jean Fauste joue le principal rôle. Entre autres dons que le magicien avoit reçus du démon, celui d'évoquer les ombres est le principal; il en fait usage devant la reine d'Angleterre Elisabeth, & fait passer en revue en sa présence tous les héros avec qui cette princesse veut faire connoissance. Ce cadre fournit une galerie de portraits dessinés avec tout l'art & l'esprit que l'on connoît au comte Hamilton: on y retrouve l'auteur ingénieux de Fleur d'Epine & des quatre Facardins.