On laissa mes gens près de moi; mais un d'eux ayant eu la maladresse de me dire que la faculté avoit jugé les blessures mortelles, je poussai des cris aigus.
Fatigué enfin par mes emportemens, je tombai dans un abattement qui fut suivi du sommeil.
Je crus voir ma mère en rêve; je lui racontois mon aventure, & pour la lui rendre plus sensible, je la conduisois vers les ruines de Portici.
N'allons pas là, mon fils, me disoit-elle, vous êtes dans un danger évident. Comme nous passions dans un défilé étroit où je m'engageois avec sécurité, une main tout à coup me pousse dans un précipice; je la reconnois, c'est celle de Biondetta. Je tombois, une autre main me retire, & je me trouve entre les bras de ma mère. Je me réveille, encore haletant de frayeur. Tendre mère! m'écriai-je, vous ne m'abandonnez pas, même en rêve.
Biondetta! vous voulez me perdre? Mais ce songe est l'effet du trouble de mon imagination. Ah! chassons des idées qui me feroient manquer à la reconnoissance, à l'humanité.
J'appelle un domestique, & fais demander des nouvelles. Deux chirurgiens veillent: on a beaucoup tiré de sang, on craint la fièvre.
Le lendemain, après l'appareil levé, on décida que les blessures n'étoient dangereuses que par la profondeur; mais la fièvre survient, redouble, & il faut épuiser le sujet par de nouvelles saignées.
Je fis tant d'instances pour entrer dans l'appartement, qu'il ne fut pas possible de s'y refuser.
Biondetta avoit le transport, & répétoit sans cesse mon nom. Je la regardai; elle ne m'avoit jamais paru si belle.