Suivent la même mesure.

Si vous êtes curieux

De voir des époux heureux,

Venez en Estramadure.

Pendant qu'on écoutoit ces chansons, aussi simples que ceux pour qui elles sembloient être faites, tous les valets de la ferme n'étant plus nécessaires au service, s'assembloient gaîment pour manger les reliefs du repas; mêlés avec des égyptiens & des égyptiennes appelés pour augmenter le plaisir de la fête, ils formoient, sous les arbres de l'avenue, des groupes aussi agissans que variés, & embellissoient notre perspective.

Biondetta cherchoit continuellement mes regards, & les forçoit à se porter vers ces objets dont elle paroissoit agréablement occupée, semblant me reprocher de ne point partager avec elle tout l'amusement qu'ils lui procuroient.

Mais le repas a déjà paru trop long à la jeunesse; elle attend le bal: c'est aux gens d'un âge mûr à montrer de la complaisance. La table est dérangée, les planches qui la forment, les futailles dont elle est soutenue sont repoussées au fond de la feuillée; devenues tréteaux, elles servent d'amphithéâtre aux symphonistes. On joue le fandango sévillan, de jeunes égyptiens l'exécutent avec leurs castagnettes & leurs tambours de basque; la noce se mêle avec elles, & les imite: la danse est devenue générale.

Biondetta paroissoit en dévorer des yeux le spectacle. Sans sortir de sa place, elle essaye tous les mouvemens qu'elle voit faire. Je crois, dit-elle, que j'aimerois le bal à la fureur; bientôt elle s'y engage, & me force à danser.

D'abord elle montre quelque embarras, & même un peu de maladresse; bientôt elle semble s'aguerrir, & unir la grace & la force à la légèreté, à la précision. Elle s'échauffe; il lui faut son mouchoir, le mien, celui qui lui tombe sous la main; elle ne s'arrête que pour s'essuyer.

La danse ne fut jamais ma passion, & mon ame n'étoit point assez à son aise pour que je pusse me livrer à un amusement aussi vain. Je m'échappe, & gagne un des bouts de la feuillée, cherchant un endroit où je pusse m'asseoir & rêver.