Elle a passé, brillamment, son examen de fin d'études, poursuivies entre ses incessantes, ingénieuses façons de se dévouer. Non seulement pour les convalescents d'Hyères, mais pour l'obscure foule en proie à tous les maux, dans le lit fétide des tranchées…

Maintenant une existence nouvelle commence: Paris, les cours de la Sorbonne… Monique est rentrée dans sa famille. Elle a dit au revoir à tante Sylvestre, au pensionnat, au jardin, à tout ce qui a fait d'elle la jeune fille délurée, au regard hardi et pur, et aux joues fraîches… Adieu au doux passé, où, en se faisant une santé, elle s'est fait une âme.

Avenue Henri-Martin, sa chambre de jeune fille, joliment préparée, lui a causé un vrai plaisir. Elle a été touchée de l'accueil de son père et de sa mère. Elle sent qu'elle compte, désormais, aux yeux des siens: elle leur fait honneur… Tante Sylvestre a semé… Ils récoltent. Heureuse elle-même, elle ne leur en veut plus, de leur détachement ni de leur égoïsme… Elle les aime, par principe…

Pour la première fois depuis 1914 on s'est réinstallé, à Trouville. Monique consacre son mois d'août à faire l'infirmière bénévole à l'hôpital auxiliaire, no 37. Elle est si absorbée, le jour par ses occupations, et le soir par ses livres, qu'elle ne se soucie pas des autres… Ceux qu'elle observe le moins sont ceux mêmes qui la touchent: sa mère toujours dispersée, son père toujours absent… L'usine Lerbier travaille pour la guerre et gagne, paraît-il, des millions à fabriquer des explosifs… Et dire que pendant ce temps, embusqués, rescapés et spectateurs mènent tranquillement et frénétiquement la grande nouba! On s'accouple et on tangue, on tangue et on s'accouple, à Deauville!


Monique a dix-neuf ans. Le cauchemar a pris fin. Une telle force expansive, un tel besoin d'épanouissement sont en elle que, depuis l'armistice, elle a presque oublié la guerre. Le flot quotidien l'emporte.

Plus que jamais repliée sur elle-même, et de moins en moins mêlée à l'existence de ses parents, elle suit des cours de littérature et de philosophie, pratique activement les sports: tennis, golf, et s'amuse, le reste du temps, à modeler des fleurs artificielles… Un procédé à elle.

La bande mondaine dont, malgré elle, elle fait partie, la déclare une originale, voire une poseuse parce qu'elle n'aime ni le flirt ni la danse. Monique, inversement, juge ses amies des folles plus ou moins inconscientes, et profondément dépravées… Fouiller, comme Michelle Jacquet, dans les poches des pantalons de ses petits amis? ou, comme Ginette Morin, s'enfermer dans tous les coins avec ses grandes amies? Non, merci.

Monique, si elle aimait, n'aimerait qu'un grand amour, auquel elle se donnerait toute. Elle ne l'a pas encore rencontré. A peine, parmi tous les hommes dont lui parle sa mère,—qui s'est mis en tête de la marier le plus tôt possible,—un nom: Lucien Vigneret, l'industriel. Mais si, à diverses reprises, elle a pris plaisir à le distinguer, lui ne l'a pas seulement remarquée…