—27, rue de Vaugirard.
—Au revoir. Je vous enverrai un mot…
Comme le taxi démarrait, elle se pencha, regarda la silhouette trapue qui s'éloignait, à pas lents:
—Gentil, ce Boisselot…
Troisième partie
I
Ils n'avaient eu besoin que de se revoir trois ou quatre fois, depuis leur soirée au Napolitain… L'aube trouble du désir entre eux se leva, vite incendiée en brusque aurore.
D'abord le déjeuner avec M. Vignabos dans le ravissant entresol de la rue de la Boëtie. Aux yeux de Boisselot, Monique, à travers la sobre élégance de ce décor, où éclatait à tous les riens son goût si personnel, était apparue nouvelle. Sorte de fée moderne, dans le palais de sa fantaisie!
Elle n'y exerçait pas seulement cet empire d'élégance, et d'attrait charnel, auquel l'écrivain renfrogné restait sensible, et d'autant plus qu'il le voulait moins paraître. De petite origine, et gardant de ses débuts pénibles, longtemps traînés dans la bohème de Montmartre et les ateliers de Montparnasse, un arriéré d'appétits sous sa moue dédaigneuse, Monique l'avait impressionné, par tout ce que son luxe comportait, en nouveauté, d'appréciables agréments. Mais elle avait, en même temps, achevé de le séduire par sa finesse d'intelligence et, aussi, par l'étendue de culture qu'elle avait révélée, aux tournants de la conversation…
Bien que Régis Boisselot jugeât l'esprit d'une femme suffisant, si, belle, elle était capable de volupté, et qu'il eût même une prévention secrète contre celles qui se piquaient d'autres soucis, il avait trouvé, à l'individualité de Monique, un charme de plus… Le fait qu'elle pratiquait un métier, différent du sien, et y avait réussi, avait même donné dès l'abord à leur camaraderie un plain-pied propice à l'entente. Décoratrice, elle l'amusait, autant sans doute que, romancière, elle l'eût agacé…