—Joli programme! Je le recommande à notre ami Blanchet, pour sa prochaine campagne électorale. Car vous y passerez, mon cher! Cent sous qu'on vous affiche! «Georges Blanchet, socialiste-féministe!» Ça fera riche.

—En tout cas, cela ferait bien. Je partage entièrement l'avis de Mme Ambrat.

—Parbleu!… Une toute petite question, madame? Et vos électrices,—car pour qu'une Mme Ambrat soit élue, il faudra d'abord que les femmes votent…

—Mais oui! Comme en Amérique, comme en Angleterre, comme en Allemagne…

—Et en Suisse, en Belgique, en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Finlande, au Danemark! énuméra M. Ambrat. Il faudra bien qu'un jour la France suive!

M. Vignabos murmura:

—La France de la Convention! L'émancipatrice!…

—Revenons à la question, continua Boisselot:

—L'homme responsable de l'anarchie actuelle. Vous me faites rire! Est-ce nous qui avons appris, à vos citoyennes «conscientes et organisées», le branle qu'elles mènent, dans la sarabande générale? Est-ce nous qui conseillons à l'ouvrière de claquer tout son salaire de la semaine, en fourrant ses pieds sales dans des bas de soie, des bottines jaunes ou des souliers vernis? Est-ce nous qui raccourcissons les jupes des femmes du monde, pour les prier de mieux remuer leurs petits derrières bien propres, au dancing? Est-ce nous qui sommes responsables des mœurs nouvelles des jeunes filles, et de l'incurable vanité des occupations féminines?… Mlle Lerbier m'excusera, je ne parle pas d'elle!

Monique ne sourcilla pas. Mais l'injure en elle pénétrait, lancinante. Mme Ambrat répliqua, froidement: