—Il n'est pas question de communisme, mais simplement d'étendre aux jeunes filles notre droit à la liberté, et au choix. Il est absurde de les condamner par milliers à l'abstinence, quand nous vouons, au supplice du plaisir forcé, la morne foule des filles publiques. C'est le célibat des vierges qui enfle le nombre des prostituées. Sans compter qu'à l'heure où la natalité baisse…

—Ma foi, conclut Mme Ambrat, on ne fera jamais trop d'enfants. Vive la vie!

Régis allait répondre, quand il surprit le regard de Blanchet posé sur Monique. En même temps celle-ci levait les yeux. Elle approuvait d'un signe de tête, mais elle acquiesçait de tout l'être. Alors il se dressa, l'air si furieux dans sa barbe rousse, que Mme Ambrat sursauta, comme si un diable avait surgi d'une boîte.

—Vous m'avez fait peur! plaisanta-t-elle.

—Excusez-moi! Avec tous ces radotages, il est tard, et le temps de rentrer… Je regrette, mon cher Blanchet, de vous enlever une admiratrice… Vous venez, Monique?

—Restez! insista Mme Ambrat, outrée par l'inconvenance de la sortie… On finira le porc, avec une bonne salade de légumes… du jardin!… Nos amis ne partent qu'après dîner, au train de dix heures.

Régis sentit que Monique, tentée, hésitait. Il joua le tout pour le tout:

—Impossible! Nos phares sont détraqués!

Il mentait. Mais, sous le coup d'œil asséné comme une sommation, elle céda, par crainte de l'esclandre…

Blanchet lui baisait la main. Elle regarda bien en face Régis, blanc de rage. Et très haut, comme une promesse: