Depuis qu'ils avaient repris tous deux le collier des existences séparées, Georges et Monique s'étaient revus quotidiennement. Il était venu plusieurs fois déjeuner rue de la Boëtie. Les autres jours, elle allait à Versailles,—généralement avec une des autos de Mlle Tcherbalief,—prenait possession du pavillon qu'il habitait, avenue de Saint-Cloud… Une bicoque ancienne, trop grande pour lui, mais arrangeable, avec un potager, un poulailler, une remise dont elle avait fait enlever les débarras, pour garer la voiture.
La vieille bonne qui, depuis des années, faisait le ménage de «M. Georges», avait tout de suite adopté l'intruse, devinant que si elle n'était pas encore la maîtresse du maître, elle serait, bientôt, celle de la maison…
Un soir où, arrivée de bonne heure par le train, il n'avait pas voulu la laisser repartir, et où elle avait accepté de dîner à l'improviste, Monique avait eu la surprise d'une collation délicate. Et comme, admirant la table fleurie de mimosas et de roses, elle s'étonnait, il avoua:
—Depuis que vous êtes entrée ici pour la première fois, il n'y a pas de jour où je n'aie fait le rêve que vous ne repartiriez plus, que je vous garderais… C'est ainsi que, chaque soir, la maison vous attend.
Elle contempla, amicalement, le petit salon où il travaillait et où ils dînaient, les meubles familiers… Oui, l'univers tenait entre ces quatre murs! Il se leva, vint lui baiser la main. Il était touchant, avec l'ingénuité de sa joie et la discrétion fébrile de son désir…
Pourquoi, au moment où, l'ayant prise dans ses bras, il avait enfin osé formuler son ardente prière, avait-elle doucement secoué la tête?
—Non, pas ce soir, je vous en prie!…
En vain, il avait tendu ses lèvres, supplié du regard. Elle avait dénoué pudiquement l'étreinte. Mais le voyant s'écarter avec douleur, elle lui avait, d'un élan, repris la main.
—Pardon! Georges!… Je ne sais à quel sentiment j'obéis. Il me semble que je ne suis pas encore assez digne de vous… Laissez-moi un peu de temps… vous mériter… Surtout, ne prenez pas cette figure qui me peine!… Je vous dois tout, je vous appartiens…
—Alors!