—Tu penses bien que je le saurais! On ne donne pas sa fille à quelqu'un sans s'être entouré de tous les renseignements…
Elle respira.
—J'en étais sûre! C'est comme pour cette Cléo, n'est-ce pas?
M. Lerbier ne s'avançait que prudemment, sentant le terrain dangereux. Il affirma:
—Tu penses bien qu'un homme, à trente-cinq ans, n'a pas toujours vécu comme un ermite!… Je ne dis pas que ton fiancé n'ait pu avoir, comme les autres, de petites aventures… Oh! sans importance! Tout cela est fini, enterré, avec sa vie de garçon…
—Il y a encore quelque chose qui me tracasse. Cette lettre prétend que Lucien, en m'épousant, fait une affaire… Je ne vois pas laquelle?
M. Lerbier se gratta la tête. Le moment difficile était venu.
—Une affaire? Oh! Dieu non… Je puis t'affirmer qu'à ce point de vue il montre beaucoup d'élégance, de désintéressement même. Ecoute, ma chérie. Il faut que je te fasse un aveu. Aussi bien comptais-je te mettre au courant, ces jours-ci, puisqu'il faut que nous soyons tous d'accord, avant la signature de ton contrat. Tu me fournis l'occasion… Voilà: Tu sais qu'avant d'être mon gendre, Lucien doit devenir mon associé. Tu sais d'autre part la valeur de mon invention… Je ne te parle pas de ma vie consacrée à cette recherche, de la somme d'efforts que cela représente… D'efforts, et aussi, malheureusement de tribulations!… J'ai dû, pour parvenir au but, dépenser beaucoup, beaucoup d'argent, engager plus de la moitié de notre capital. Et s'il me fallait en ce moment mobiliser l'argent de ta dot, comme j'espérais pouvoir le faire, je serais gêné, très gêné…
—Oh! père, pourquoi ne me l'as-tu pas dit?
—Cela me peinait. C'est alors que ton fiancé, sachant mes embarras, m'a spontanément offert pour sa part, et malgré la violence de la crise industrielle que nous traversons tous, de renoncer au versement de ces cinq cent mille francs… pourvu, naturellement, que tu y consentes…