—Ce que tu es potinière, maman! dit Monique… Allons! je vais voir Michelle.

—Rappelle à sa mère que je l'attends demain, avec Hélène Suze, pour goûter au Claridge.

Monique, de son pas alerte, arpentait les couloirs, indifférente aux coups d'œil qui la déshabillaient. Elle avait le dégoût de ces réunions «bien parisiennes» dont l'éclat de surface ne lui cachait pas le cloaque… Corps à vendre, consciences à acheter!… Heureusement il y avait encore,—comme disait Georges Blanchet, cet après-midi,—des exceptions! Mais, elle-même, un Lucien, un Vignabos, une tante Sylvestre, on les comptait!

Monique rit à la tête que celle-ci eût faite devant le double spectacle, scène et salle, si elle eût écouté sa sœur qui voulait absolument l'entraîner à Méné!… Quelle bonne idée la tante avait eue, en allant passer tranquillement à Vaucresson sa nuit et sa journée de Noël, chez Mme Ambrat…

Encore une amie du genre Vignabos! Une féministe, et militante. Mme Ambrat, professeur au lycée de Versailles, trouvait encore le temps de diriger, après l'avoir fondée, l'œuvre des Enfants Recueillis. Ce qui ne l'empêchait pas d'être, pour son mari ingénieur, une compagne admirable… Monique les imaginait tous trois, attendant minuit, en causant sous la lampe, pour arroser d'un verre de Vouvray (M. Ambrat était Tourangeau) l'oie farcie et le boudin. Elle envia leur vie d'intelligent labeur, leurs joies simples… Elle aurait dû,—puisqu'elle ne devait pas revoir Lucien,—accompagner tante Sylvestre, finir avec elle cette journée, qui avait été excellente.

Elle récapitula: la visite rue de Médicis; le manteau de petit-gris et la cape de martre commandés chez le fourreur; Lucien retrouvé boulevard Suchet pour choisir les meubles indiqués par Pierre des Souzaies (pas mal le cartonnier et la bibliothèque!)… et puis, toujours sous le regard lumineux de l'excellente vieille, le thé, au Ritz.

En les quittant, Lucien lui avait répété si gentiment son chagrin de ne pas l'accompagner au théâtre et de devoir souper sans elle… Mais aucune possibilité, décidément, les Belges lui ayant encore téléphoné le matin même. Elle lui avait de son côté promis, si elle ne le voyait pas avant la fin du spectacle, de rentrer directement. Si ses parents tenaient à aller faire la fête, comme il en était question, avec Mme Bardinot et, croyait-elle, Ransom et Plombino, eh bien! la bande irait sans elle, voilà tout.

—On peut entrer?

—Viens vite! s'écria Michelle, en l'apercevant.

Petite, potelée et d'un blond si pâle qu'on l'eût dit décoloré, Michelle, dans le fond de la loge, était en train de conter à Max de Laume une histoire brûlante, à en juger par leurs regards luisants.