La ville ne remonte pas au delà du dixième siècle, répondent plusieurs historiens. Elle se groupa autour de la forteresse bâtie par Rollon, conquérant de la Normandie, qui voulait mettre garnison sur ce point pour défendre la frontière de sa principauté nouvelle.

Rapidement, Eu prit de l'importance; car, dès 996, on l'érigeait en comté pour un fils du duc Richard Ier. Au treizième siècle, la maison de Brienne devenait maîtresse du comté. Elle le posséda peu de temps.

Jean II, roi de France, accusa de trahison le connétable de Brienne, à qui la peine capitale fut infligée, et Jean d'Artois reçut le comté en apanage.

Après notre cruelle défaite à Azincourt (octobre 1415), Henri V, roi d'Angleterre, s'empara d'Eu. Plus tard, redevenue française, la seigneurie échéait au comte de Nevers, mais sa prospérité déclinait. Elle succomba tout à fait lorsque Louis XI, craignant de voir les Anglais s'emparer de la ville, ordonna de la brûler.

Eu tomba alors au rang de simple demeure princière. Henri de Guise, le Balafré, ayant épousé Catherine de Clèves (veuve d'Antoine de Croï, de la maison de Nevers), résolut de faire bâtir un château dans sa nouvelle cité. La construction fut digne du propriétaire.

Classé au rang des monuments historiques, le château forme un vaste édifice en briques rouges et pilastres de pierre de la plus noble apparence, se développant sur une étendue de près de cent mètres.

Les bâtiments ne datent pas tous de l'époque du duc de Guise. Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, Mademoiselle, ainsi que la dénommait l'étiquette de la cour, avait acheté le château et s'y plut beaucoup, en dépit de son humeur fantasque. Non seulement elle le fit achever, mais elle s'appliqua à l'embellir, trompant, par une activité incessante, le chagrin dont l'abreuvait Louis XIV, qui refusait de reconnaître son mariage avec Lauzun.

Le moment vint cependant, où le Roi-Soleil, comprenant à miracle ses intérêts, écouta les sollicitations de sa cousine et rendit à la liberté Lauzun, que le caprice de Mme de Montespan avait envoyé dans la forteresse de Pignerol. Mais la Grande Mademoiselle se vit forcée de payer cette faveur par l'abandon de son comté normand au duc du Maine.

Le duc de Penthièvre, qui mérita le surnom de vertueux, en devint le maître et le donna en dot, avec d'autres biens formant un total immense, à sa fille Adélaïde, la femme infortunée du duc d'Orléans, le futur Philippe-Égalité.

Les événements politiques en France, depuis bientôt un siècle, ont fait changer souvent le nom des seigneurs d'Eu. Aujourd'hui, le château est redevenu propriété du comte de Paris.