Dieppe est divisée en deux parties distinctes, la ville proprement dite, et le Pollet, ou port de l'Est, ainsi nommé parce que ce faubourg se trouve à l'est du port.
Un peu partout les vieilles mœurs s'effacent, mais le pêcheur polletais garde encore une physionomie originale. Intrépide, habitué dès la première enfance aux pénibles travaux de la mer, il devient un marin admirable dont le courage ne saurait être surpassé.
Une visite au vieux Pollet est tout particulièrement pittoresque. Ce sont les moindres détails de l'existence, prise sur le vif, de ces familles qui ne connaissent et ne veulent connaître d'autre horizon que la mer.
Déjà, le costume des pêcheurs est une révélation, il ne ressemble à aucun autre.
Les chemises de toile et de laine, les amples gilets bien chauds; une, deux ou, parfois, trois vestes énormes; plusieurs paires de bas, deux pantalons, au moins; d'immenses bottes où se perdent les jambes et les cuisses, et, brochant sur le tout, un grand caban goudronné!...
C'est à se demander comment le pêcheur polletais peut faire un pas.
Mais, aussi, quand il se trouve exposé à l'orage, au brouillard, aux vagues démontées, son armature laineuse le préserve de plus d'une maladie grave. La phthisie, par exemple, l'atteint rarement.
Longtemps (et nous n'affirmerions pas que toute trace en ait disparu) un véritable antagonisme régna entre Dieppois et Polletais. Ces derniers, se livrant surtout à la pêche côtière, restaient un sujet de risée pour les premiers, plus entreprenants, mais qui se gardaient, d'ailleurs, de chercher à frayer avec leurs robustes adversaires.
M. Vitet a donné pour origine de cette rivalité, l'établissement violent, au faubourg du Pollet, d'une colonie vénitienne dont serait descendue la population actuelle. Le savant académicien tirait les plus ingénieuses conjectures de mille traits de mœurs, de costume, de prononciation.
Quoi qu'il en puisse être, ces hardis pêcheurs seraient de dignes fils de la Reine déchue de l'Adriatique.