Usage étrange! les lots de poissons ne sont jamais l'objet d'une enchère. Tous, au contraire, sont rigoureusement mis à prix pour une somme de beaucoup au-dessus de la valeur réelle. Cela fait, le mynckeur, ou crieur, abaisse successivement le taux de la demande, jusqu'à ce qu'une voix vienne, enfin, arrêter cette étonnante dégringolade....
Le tableau offert par ces transactions est plein d'imprévu. Vieille construction du quinzième siècle, le Mynck encadre pittoresquement la foule bigarrée qui vient y supputer le produit de son labeur.
Pêcheuses en jupons rouges, pêcheurs encore revêtus du lourd costume de mer; crieur affairé et menant sa besogne avec une force de poumons, une vélocité de langue prodigieuses; marchands aux aguets, calculant le bénéfice probable; curieux essayant de comprendre ce qui se dit, ce qui se passe...
Une heure s'écoule, on croyait être arrivé depuis cinq minutes à peine! Si l'oreille se fatigue un peu, l'œil ébloui, suit les variations du spectacle, et le reflet chatoyant de ces montagnes de poissons, aux vives couleurs, n'est pas un des moindres attraits qui le charment.
Très certainement, si le spectacle est attrayant, il est encore le motif de réflexions mélancoliques.
Ces intrépides pêcheurs exercent le plus dur, le plus périlleux des métiers. Au prix de fatigues excessives, ils varient notre alimentation, mais ce que nous pourrions dire de leur existence resterait au-dessous de la réalité, voyons-les, plutôt, à l'œuvre.
Le 1er avril de chaque année est un jour de vive émotion pour Dunkerque. Les Islandais, c'est-à-dire les pêcheurs partant vers les côtes d'Islande à la recherche de la Morue, qui y foisonne, sont prêts à lever l'ancre.