Ces diverses péripéties ont enlevé à Avranches les monuments qui l'enrichissaient. De sa vieille cathédrale, il ne reste qu'une pierre, mais la valeur historique de ce débris est grande. Henri II, roi d'Angleterre, y appuya ses genoux, quand, en 1172, il se prosterna devant les légats du pape, tout prêt à subir la fustigation, en réparation du meurtre de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry. Il faut lire dans Augustin Thierry le récit de cette scène entière. Une inscription en rapporte le souvenir.

Mais si Avranches n'a plus de monuments, elle a gardé son admirable position, son aspect souriant, gai, heureux.

Quelques débris de ses vieux remparts apparaissent, çà et là, sans parvenir à l'assombrir. Ils deviennent, au contraire, un attrait de plus.


On ne se fatigue point de parcourir la ville. Presque toutes ses places sont remarquables. Sur celle dite: d'Estoudeville on trouve les ruines intéressantes d'un antique château-fort. De la place Daniel-Huet, ainsi nommée en l'honneur du savant évêque qui, pendant dix ans, fut la gloire d'Avranches, on contemple la baie du Mont Saint-Michel tout entière.


Par un beau jour de soleil, c'est un spectacle éblouissant. Par un jour de tempête, le tableau devient plus saisissant encore; les nuages plombés, la mer bondissante, les sables bouleversés, semblent vouloir s'acharner sur le roc qui, depuis onze siècles, porte la merveilleuse abbaye fondée par saint Aubert, et la portera, il faut l'espérer, pendant de longs siècles encore.


Difficilement, on s'arrache à cette vue; mais, chose qu'il serait injuste d'oublier, on prend intérêt à parcourir les jolis boulevards, plantés de tilleuls, entourant Avranches d'une verte et agréable couronne. On reste longtemps, bien longtemps, dans les allées du Jardin botanique, admirable site plein de poésie.