Depuis sa ligne frontière au nord, le rivage français continue en pente douce jusqu'au cap Gris-Nez où, subitement, il devient perpendiculaire, prolongeant, ainsi, ses grèves un peu au delà de l'embouchure de la Somme.

Sur plusieurs points du département, les sables l'envahissent encore, en particulier sur les quarante-cinq kilomètres de côtes appartenant à la mer du Nord. Mais, dès le cap Blanc-Nez, le sol se relève, et les soixante-cinq kilomètres dépendant du bassin de la Manche offrent quelques monticules, ramifications de la chaîne ondulée traversant l'ancien Artois.

Du Pas-de-Calais tout entier, les deux caps que nous venons de citer sont, peut-être, les collines les plus remarquables. Leurs noms, francisés, rappellent la prononciation anglaise de leurs noms véritables:

Black-Ness ou Cap Noir (par allusion aux rocs dont il est formé), et Craigh-Ness, ou Cap des Rochers.

D'ailleurs, les mots de Blanc-Nez et de Gris-Nez ont prévalu chez nous.

Le premier de ces promontoires élance, à la hauteur de 134 mètres, le sommet des belles roches dont il est composé, et qui deviennent d'autant plus imposantes sur l'ensemble d'une plage basse, sans autre relief.

Le second atteint seulement cinquante mètres. Il marque la ligne idéale séparant la mer de la Manche de la mer du Nord, et s'avance fort près des côtes anglaises: c'est de là que l'on s'en trouve à la plus courte distance. De là, encore, pour aboutir à Calais, s'étend le célèbre détroit auquel on a donné le nom de la ville.

Après le cap Gris-Nez, les falaises commencent à disparaître, et les sables reprendraient leur œuvre fatale, si on n'avait grand soin de les arrêter dans leur marche vagabonde par des plantations de joncs marins appelés oyats.

Viennent ensuite les collines des environs de Boulogne, les grèves très basses et les profondes échancrures formées par les estuaires de la Canche et de l'Authie. La rive droite de ce dernier fleuve sépare le Pas-de-Calais du département de la Somme.

On l'a dit avec raison, cette partie du littoral français est très dangereuse. Les vents d'ouest la balayent avec une irrésistible violence, car elle y est directement opposée. En même temps, les bancs de sable, rendus mobiles sous la double action des tempêtes de l'air et de la mer, avancent ou reculent, bouleversant tout sur leur passage.