[CHAPITRE VIII]
LES PORTS DE LA SOMME
Le petit fleuve appelé Authie marque la limite de la Somme et du Pas-de-Calais.
Sa rive droite appartient à ce dernier; elle se termine par la pointe de Routhiauville, où s'élève seulement un modeste hameau; car, au fur et à mesure que l'on avance vers l'embouchure de la Somme, le rivage s'abaisse; il finit, bientôt, par devenir tout à fait plat, et les dunes de sable se représentent menaçantes.
De grands travaux sont nécessaires pour protéger les ports de toute cette partie du littoral. Le sable est l'ennemi toujours prêt. Aussi les navigateurs regardent-ils la baie de la Somme et les rivages voisins comme extrêmement dangereux, les bancs changeant souvent la face des chenaux les mieux connus, en venant encombrer des fonds que l'on croyait être suffisamment pourvus d'eau.
Afin de comprendre le péril, il faut se souvenir que ces plages sont de formation nouvelle.
Ainsi, une petite ville appelée Rue, éloignée, maintenant, de dix kilomètres de la mer, était, il y a mille ans, un port florissant. Un lac de vingt mille hectares, connu sous le nom de Marquenterre, l'entourait. Peu à peu, les dunes firent leur œuvre; mais la Somme et l'Authie, ainsi que plusieurs autres rivières et ruisseaux, coulaient librement; lors des grandes marées, les dépôts maritimes s'ajoutaient aux dépôts fluviaux. Les Picards se demandèrent s'ils ne devaient pas imiter les Flamands, et assainir leur pays en le transformant.
Le travail fut long, opiniâtre; son achèvement complet ne date guère que de cent cinquante ans; mais, aujourd'hui, le Marquenterre est un pays relativement sain. Seulement, on doit toujours veiller; car, le long du rivage, on retrouve les restes de plusieurs villes enfouies sous le sable.