Il nous suffira de copier des lignes éloquentes empruntées à un écrivain illustre[1].
[1] La France dans ses Colonies, discours lu à la séance trimestrielle de l'Institut, le 8 janvier 1873, par M. Xavier Marmier, de l'Académie Française.
«Nous ne pouvons trop honorer ceux qui ont porté si loin et défendu si vaillamment notre drapeau. Ce n'est pourtant point par ses ardentes batailles et ses nombreuses victoires que la France a acquis une place si distincte dans l'histoire des colonisations, c'est par son esprit de justice et de mansuétude, par ses facultés d'attraction et d'assimilation.
«Elle n'a point fait de cruelles ordonnances pour obtenir la plus abondante récolte de la terre conquise; elle n'a point, pour apaiser sa soif d'or, torturé d'innocentes peuplades vaincues. Elle n'a point écrasé, ou refoulé dans de sombres régions, des millions d'honnêtes familles pour n'avoir plus à leur disputer une parcelle de leurs domaines héréditaires.
«Ah! si en pensant à tout ce que nous avons possédé et à tout ce que nous avons perdu, il ne nous est pas possible de lire sans regrets la chronique de nos colonies, nous pouvons, du moins, la lire sans remords.
«Nulle de nos souverainetés n'a fait gémir l'âme d'un Las Casas: nulle de nos coutumes n'a suscité un désir insatiable de vengeance dans le cœur d'un Montbars, et nul de nos gouverneurs n'a, par ses rapacités, enflammé la foudroyante éloquence d'un Burke et d'un Sheridan.»
Nous ne persévérerons pas dans notre déplorable indifférence. Le moment est venu où la moindre des forces vives du pays doit être mise en œuvre.
La prépondérance que nos derniers revers nous ont arrachée, il nous est facile de la reconquérir avec nos seules ressources.
La France, avons-nous déjà dit ailleurs, n'est-elle pas une contrée exceptionnellement favorisée?