Louis XI reste l'un des plus habiles politiques dont l'histoire ait gardé la mémoire. Presque toujours, pourtant, les meneurs d'intrigues multipliées se prennent dans leurs propres trames. Cela arriva pour le roi de France. Il dut céder à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, les villes dites de la Somme, engagées pour sûreté d'une grosse dette: Abbeville était du nombre. Charles se hâta d'y faire construire une imposante forteresse. Heureusement, Louis put, en 1445, payer les quatre cent mille écus fixés pour le rachat de ces places.

Abbeville fut choisie comme lieu de réunion pour le règlement de cette affaire.

A peine délivrée (en 1587) de mille obligations qui l'avaient étroitement engagée, la cité jeta bas la forteresse bourguignonne. Impatiemment, elle avait subi ce joug humiliant pour sa liberté municipale, datant de près de cinq cents années, puisque sa première charte communale est de 1130.


Le 9 octobre 1514, la capitale du Ponthieu était en fête. Une animation merveilleuse régnait dans ses rues, et les vieilles maisons sculptées disparaissaient sous des tapisseries rares, des branches vertes, des oriflammes, des blasons seigneuriaux.

Abbeville tout entière célébrait l'union de Louis XII avec Marie Tudor, sœur de Henri VIII, roi d'Angleterre.

On voulait faire brillant accueil à une jeune et charmante reine de dix-sept ans, qui allait dissiper les derniers nuages existant entre les deux royaumes, et renouveler les plus beaux jours de la cour polie d'Anne de Bretagne.

On sait combien fut court le règne de Marie et dans quelles conditions, après avoir un instant espéré épouser le successeur de Louis XII, elle dut reprendre le chemin de sa patrie.