«Si nous sauvons nos vies par la fuite, rompus en si grand nombre sous le bras d'un seul, notre renommée dans la guerre est à jamais perdue!»

Aussitôt neuf généraux des armées quadrumanes, tenant levées de pesantes roches, courent sur le géant à la grande vigueur. Mais, rompus par le corps du géant, les rochers, pareils à des montagnes, ne broyent sous leur chute que son drapeau, son char, ses ânes et son cocher. Le héros en toute hâte se jette à bas du char, tenant levée sa lance, et s'envole rapidement au milieu des airs, tel qu'une montagne ailée.

Il se promenait dans les armées des singes, foulant aux pieds les guerriers, comme un vigoureux éléphant, ses tempes baignées par une sueur de rut, brise de ses piétinements une forêt de roseaux.

En ce moment du combat, Nîla de lancer une cime de montagne à Koumbhakarna; mais celui-ci voit arriver cette masse et la frappe de son poing. Sous l'atteinte de ce vigoureux coup, le sommet de montagne se brisa et tomba sur la face de la terre, en semant des étincelles et dispersant des flammes.

On vit alors des milliers de simiens se précipiter à la fois contre le géant; et, grimpant sur Koumbhakarna, ils escaladèrent le colosse, tels qu'on eût cru voir des collines s'élever sur une montagne.

Le vigoureux Démon, entraînant tous les simiens entre ses bras, se mit à les dévorer dans sa fureur, comme Garouda mange les serpents. Mais les singes, que le monstre jetait dans sa bouche, aussi grande que les enfers, trouvaient le moyen d'en sortir, ceux-ci par ses oreilles, ceux-là par ses fosses nasales.

Ceux-ci, fuyant la mort, courent s'abriter sous la protection de Râma, qui s'élance et prend son arc, cette perle des arcs.

Près d'en venir aux mains, il dit alors au colosse, tel qu'une montagne ou pareil à un nuage, chassé par le vent: «Avance près de moi, seigneur des Rakshasas! Me voici de pied ferme, mon arc et ma flèche dans les mains. Sache que je suis la mort venue ici pour toi: dans un moment, scélérat, tu vas exhaler ta vie!»

«C'est Râma!» se dit Koumbhakarna à la grande splendeur. Il poussa en même temps un bruyant éclat de rire, qui brisa, pour ainsi dire, les cœurs de tous les quadrumanes hôtes des bois; et, quand il a ri d'une manière difforme, épouvantable, pareille au tonnerre des nuages, il tient ce langage au Raghouide:

«Vois ce maillet d'armes que je porte, solide, épouvantable, tout en fer! avec lui, j'ai vaincu jadis les Dieux et les Dânavas. Montre-moi, tigre d'Ikshwâkou, cette vigueur agile de laquelle est doué ton corps; ensuite, quand j'aurai vu ta force et ton courage, je ferai de toi mon festin.»