À la vue de Râma, sans force et consumé par le chagrin: «Qu'est-ce?» dit Vibhîshana, le cœur affligé d'une peine intérieure. Lakshmana, voyant Vibhîshana plongé dans ses réflexions et la tête baissée: «Héros, lui dit-il, noyé dans ses larmes, ce prince vient d'apprendre à l'instant par la bouche d'Hanoûmat qu'Indradjit a tué Sîtâ, et soudain il est tombé dans cet évanouissement...»
Mais Vibhîshana, interrompant le Soumitride au milieu de son récit, adresse à l'évanoui, revenu à la connaissance, ces paroles éminemment consolantes: «Dans ce qu'est venu te raconter Hanoûmat d'un air consterné, il n'y a pas moins de fausseté, je pense, qu'il n'y en aurait dans cette nouvelle: «Toute la mer est à sec!» Je sais, guerrier aux longs bras, quelles sont, à l'égard de Sîtâ les résolutions de l'impie Râvana: il ne lui fera pas ôter la vie. En effet, ses parents lui ont dit, au nom de son intérêt, en même temps qu'ils parlaient au nom du devoir: «Abandonne la Vidéhaine!» mais il n'a point écouté cette parole.
«Secoue, tigre des hommes, secoue ce désespoir qui est tombé sur toi sans raison; car toute l'armée va perdre courage en te voyant la proie du chagrin.»
Revêtu de son armure, le Soumitride, tenant alors ses flèches, portant son épée, couvert de sa cuirasse et rayonnant d'une grande quantité d'or, toucha les pieds de Râma et lui dit, plein de joie: «Dans un instant ces dards, lancés par mon arc, vont dévorer le corps de ce terrible Démon, comme le feu consume un tas d'herbes sèches.»
Il dit, et, sur ces mots prononcés en face de son frère, Lakshmana joyeux sortit, brûlant de tuer le Râvanide dans un combat. Aussitôt Hanoûmat, environné par de nombreux milliers de singes, et Vibhîshana, escorté de ses ministres, suivent le frère de Râma.
Le Râvanide, plein de fureur, semblable au noir Trépas, s'avance impétueux, monté dans son char, bien décoré, spacieux, hérissé d'armes et de cimeterres, attelé de chevaux noirs. Ensuite, quand il eut promené ses regards sur tous, et sur le Soumitride, et sur Vibhîshana, et sur les principaux des singes: «Voyez ma force! s'écria dans la plus ardente colère le puissant Râvanide aux longs bras. Tâchez maintenant de supporter dans cette guerre l'insupportable averse des flèches que va lancer mon arc, comme une pluie versée au milieu des airs. Qui tiendra pied devant moi, criant d'une voix semblable au tonnerre du nuage et semant d'une main prompte sur le champ de bataille les multitudes de mes flèches? Tout à l'heure, sous les coups de mes pattiças, de mes épées, de mes traits à sarbacane, je vous plongerai tous, percés de mes flèches aiguës, dans la noire habitation d'Yama!»
À peine eut-il entendu cette jactance du prince des Yâtavas, Lakshmana, plein de colère, lui répondit en ces mots, prononcés d'une voix que la peur ne troublait pas: «On aborde aisément avec la langue au rivage des faits; mais le propre du sage, ô le plus vil des Rakshasas, c'est de prendre terre avec un acte à cette rive ultérieure des actes.
«Le feu brûle sans parler et le soleil échauffe en silence; le vent brise les arbres, sans leur jeter un seul mot d'outrage.» Le puissant héros, à qui ce langage était adressé, Indradjit, habitué à vaincre dans les combats, saisit un arc épouvantable et se mit à lancer des flèches acérées. Décochés par le guerrier vigoureux, ces dards, pareils au poison des serpents, atteignent Lakshmana et continuent leur vol en sifflant comme des reptiles.
Tous ses membres percés par cette multitude de flèches, le beau Lakshmana, baigné de sang, brillait alors sous la couleur d'un feu sans fumée.
Indradjit, admirant son exploit, s'enorgueillit, jeta au loin un immense cri et tint ce langage: «Frappé de mes flèches, tu vas rester ici gisant, tes membres supérieurs déchirés, les sens troublés, ta cuirasse tombée sur la terre et ton arc en morceaux échappé de ta main!»