Tous accablés de lassitude, manquant d'eau, exténués de faim et de soif, après avoir fouillé cette plage méridionale, impraticable, hérissée par des amas de montagnes, et cherché, malades de besoin, mais toujours sans les trouver, un ruisseau et Sîtâ; alors, dis-je, tous ces quadrumanes, épuisés de fatigue, s'étant réunis là, tombèrent dans l'abattement, l'âme consternée, le visage défait, le corps tremblant à la pensée de Sougrîva et l'esprit comme halluciné par la crainte du puissant monarque des singes. Vivement affligés de ce qu'ils n'avaient pu voir ni Sîtâ, ni Râvana, mourant de faim, de fatigue et de soif, ils virent, tandis qu'ils aspiraient à trouver de l'eau, ils virent devant eux un antre formé par les déchirements de la montagne; caverne enveloppée d'arbres, mais engloutie dans une profonde nuit et capable d'inspirer la terreur au céleste Indra lui-même.
De là sortaient de tous les côtés, hérons, cygnes, grues indiennes et martins-pêcheurs, oies du brahmane, mouillées d'eau et le plumage teint par le pollen des lotus, gallinules, pygargues, coqs-d'eau, canards aux plumes rouges, kalahansas, pélicans et autres oiseaux aquatiques.
Le cœur de tous les singes fut saisi d'admiration à la vue de cette caverne; et leur âme, suspendue entre l'espérance de l'eau et la crainte de n'en pas trouver, fut remplie tout à la fois de douleur et de joie. Ensuite le fils du Vent, Hanoûmat, adressa les paroles suivantes à tous les singes rassemblés, après qu'il eut fouillé avec eux cette impraticable région du midi, couverte par une multitude de montagnes: «Nous sommes tous fatigués, et la Mithilienne ne s'offre pas encore à nos yeux; mais nous voyons sortir de cette caverne, par centaines et par milliers, des bandes nombreuses d'oiseaux habitués sur les ondes. Sans doute, il doit se trouver là, soit un bassin d'eau, soit un lac, puisqu'on en voit sortir ces oiseaux pêcheurs. Entrons dans cette grande caverne: là, nous pourrons noyer dans l'eau la crainte de mourir par la soif et nous y chercherons Sîtâ de tous les côtés. À coup sûr, il doit se trouver là un grand lac où les eaux abondent.»
À ces mots, tous les singes entrent dans cette caverne, enveloppée de ténèbres, sans soleil, sans lune, horrible, épouvantable.
D'abord Hanoûmat à leur tête, ensuite Angada et ses compagnons après lui, tous se tenant l'un à l'autre enchaînés par la main, pénètrent jusqu'à la distance d'un yodjana dans cette caverne impraticable, hérissée d'arbres, embarrassée de lianes. Les singes remplissaient tous ces lieux du cri forcené de leurs noms, afin de s'y reconnaître mutuellement. Déjà, continuant à manquer d'eau, troublés, l'esprit comme perdu et mourants de soif, ils avaient passé l'intervalle d'un mois entier dans cette épouvantable caverne. Alors, épuisés de fatigue, maigres, le visage défait, le sang allumé par la soif, ils aperçurent avec délices une clarté semblable aux rayons du soleil.
Arrivés dans ce lieu charmant, d'où les ténèbres étaient bannies, ils virent des arbres d'or, éblouissants d'une splendeur égale à celle du feu. C'étaient de magnifiques shoréas, des pryangous, des tchampakas, des mulsaris, des açokas, des arbres à pain et des nagapoushpas, tous parsemés de bourgeons rouges, tous semblables au soleil du matin et répétant sous leurs voûtes les gazouillements des oiseaux les plus variés. Ils virent là des étangs de lotus aux ondes brillantes et diaphanes, au milieu desquelles circulaient des tortues d'or mêlées à des poissons d'or. On voyait aussi là des chars d'or et des palais de cristal, aux fenêtres d'or, aux vitres de perles.
Là étaient des mines d'argent, d'or, de pierres fines et de lapis-lazuli, vastes, admirables, resplendissantes de lumière. Là, partout, les singes voient des amas de pierreries.
Ces hôtes des bois admirent des lits et des siéges en or et en ivoire, grands, de formes diverses et couverts de riches tapis. Des piles de vaisselles et de coupes, soit d'argent, soit d'or; des racines, des fruits, des mets délicats et purs; des breuvages de haut prix et des liqueurs de toutes les espèces, des parfums à l'odeur suave d'aloës et de sandal; des couvertures, soit en laine, soit en poil de rankou, soit en couleurs mélangées pour les éléphants; des tas de vêtements précieux et de riches pelleteries. Les singes voient çà et là, pareils aux flammes du feu, des amas éblouissants, célestes, d'or en lingots.
Là, sur un brillant siége d'or, s'offrit aux yeux des singes une femme anachorète, vouée au jeûne, vêtue d'écorce et d'une peau de gazelle noire. Aussitôt le docte Hanoûmat, courbant aux pieds de la pénitente sa taille semblable à une montagne, réunit en coupe à ses tempes les paumes de ses deux mains, et: «Qui es-tu? lui demanda-t-il. À qui sont ce palais, cette caverne et ces riches pierreries?
«Auguste sainte, nous sommes des singes, qui parcourons incessamment les forêts; nous sommes entrés avec imprudence sous les voûtes de cette caverne enveloppée de ténèbres. Consumés par la faim et la soif, accablés de fatigue, exténués de lassitude, nous avons pénétré dans ce gouffre de la terre, espérant y trouver de l'eau. Mais la vue de cette admirable, céleste et fortunée caverne, d'un parcours impraticable, a redoublé la peine, le trouble et l'aliénation de notre âme.