Quand Râma les vit descendus: «Héros, dit-il à Sougrîva, donne tes ordres au fils du Vent. Qu'il remporte cette montagne et qu'elle soit remise à la même place, d'où elle fut arrachée.»

Aussitôt Sougrîva de parler au Mâroutide un langage conforme à celui de Râma; et le fils du Vent, à cet ordre de son magnanime souverain, s'incline devant les chefs quadrumanes, enlève dans ses bras la montagne sublime et s'élance avec elle rapidement au milieu des airs.

Le monarque aux dix têtes vit passer la montagne emportée dans le ciel; et, s'adressant aux Rakshasas, que leur force enivrait d'orgueil, à Tâladjangha, le Démon très-épouvantable, à Sinhavaktra, de qui le ventre s'arrondissait en cruche, à Oulkâmoukha d'une force immense, à Tchandralékha, à Hastikarna aux longs bras et au noctivague Kankatounda:

«Que le singe Hanoûmat, leur dit-il à cette vue, soit arrêté au plus vite par la vertu de vos enchantements! En récompense, ô les plus terribles des Rakshasas, vous recevrez de moi un honneur au-dessus duquel il n'est rien de supérieur.» À ces mots de Râvana, les noctivagues se couvrent tous les membres de leurs cuirasses, prennent à la main des projectiles variés et s'élancent tous au milieu des airs.

Quand ils virent l'inaffrontable Mâroutide voyageant, sa montagne à la main, les Rakshasas vigoureux lui adressèrent tous ce langage: «Qui es-tu sous les formes d'un singe, toi qui marches tenant une montagne? Ne crains-tu ni les Rakshasas, ni les Daîtyas, ni les Dieux mêmes? Qui peut te sauver de nos mains à cette heure, où te voilà pris? Tu vois en nous Brahma, le grand Çiva, Yama, Vishnou, Kouvéra et Indra, tous rayonnants de splendeur, qui viennent ici, conduits par le désir de t'arracher la vie!»

Aux paroles de ces Démons, le fils du Vent répondit en ces termes: «Fussiez-vous les trois mondes, qui viennent, secondés par les Asouras, les Pannagas et les Dieux, je vous tuerai tous, m'appuyant sur la seule force de mon bras!»

Ce disant, Hanoûmat, sachant bien qu'il avait affaire à des courtisans de Râvana, fit tête aux six Rakshasas, unissant leurs efforts contre lui. Ne pouvant user de ses bras, qui portaient la montagne, et réduit à combattre avec les pieds seulement, le singe à la grande vigueur maltraita les Démons à la grande force. Il écrasa les uns avec le coup de sa poitrine, les autres avec le coup de son genou; il frappa ceux-ci avec ses pieds, ceux-là avec ses dents. D'autres, liés dans le câble de sa queue par le magnanime singe porteur de la montagne, pendaient au sein des airs; et ces Démons robustes, ondulants au milieu du vide, semblaient un collier de grands saphirs bleus, entrelacés dans un fil d'or. Après de violents efforts Tâladjangha, entouré de la formidable queue, parvint avec beaucoup de peine à se dégager de la chaîne et prit la fuite.

Quand le vigoureux fils du Vent eut tué les Rakshasas, il continua son chemin, tenant sa montagne et resplendissant au milieu du ciel. Alors tous les Dieux avec les Gandharvas, les Vidyâdharas et les Tchâranas de lui jeter cette acclamation: «Gloire à toi, Hanoûmat, qui nous montres une telle vigueur! Où verra-t-on jamais un autre que toi capable d'accomplir un exploit tel avec une puissance infinie et d'exterminer les Rakshasas dans les airs, sans quitter cette montagne!»

Au milieu de ces applaudissements, il arrive au Gandhamâdana et remet sa montagne à la même place d'où elle fut arrachée.

Cependant le monarque aux dix têtes s'était retiré à l'écart, et, par la vertu de sa magie, il avait créé un char éblouissant, pareil au feu, muni complétement de projectiles et d'armes, aussi épouvantable à voir qu'Yama, le trépas et la mort. Des coursiers à face humaine et d'une vitesse nonpareille s'attelaient à ce char fortuné, solidement cuirassé, enrichi d'or partout, et conduit par un habile cocher, quoiqu'il se mût à la seule pensée de l'esprit.