«Mâtali, vois ce char de l'ennemi qui fond sur nous avec colère et d'un bruit égal à celui d'une montagne qui se déchire, fendue par un coup de tonnerre. Marche au-devant du char de mon rival et tiens ferme, sans négligence; je veux l'anéantir, comme le vent dissipe le nuage qui s'est élevé dans les cieux. Je le sais, il n'est rien qui soit à corriger en toi, digne du char d'Indra; mais je désire combattre, c'est là ma seule pensée: c'est donc une chose que je rappelle à ta mémoire; ce n'est pas un avis que je veuille te donner.» Satisfait par ce langage de Râma, Mâtali, le plus excellent des cochers, poussa rapidement son char.

Il fut grand le combat de ces deux guerriers, affrontés l'un contre l'autre, animés par un désir mutuel de s'arracher la vie et comme deux éléphants rivaux, ivres de colère et d'amour. Bientôt les Rishis du plus haut rang, les Siddhas, les Gandharvas et les Dieux, intéressés à la mort de Râvana, se rassemblent pour contempler ce duel en char.

Le combat de ces deux rivaux fut léger, varié, savant; ils se portaient mutuellement des blessures, enflammés par l'ambition de triompher. Étalant toute leur vitesse de main et frappant les dards avec les dards, ils encombraient le ciel de flèches pareilles à des serpents. En même temps s'élevèrent des prodiges horribles, épouvantables, qui annonçaient la défaite de Râvana et le triomphe de Râma.

Lankâ parut comme incendiée jour et nuit d'une aurore et d'un crépuscule, qui ressemblaient aux fleurs du rosier de la Chine. Il s'éleva de grands météores ignés avec des trombes de vent furieuses et un épouvantable bruit: Râvana en trembla et la terre en fut ébranlée.

De toutes parts tombèrent d'un ciel sans nuages sur l'armée de Râvana les foudres épouvantables d'Indra avec un bruit que l'oreille ne pouvait supporter. Ses coursiers mêmes, transpirant des étincelles de leurs membres et versant des pleurs en larges gouttes de leurs yeux, rendaient à la fois et de l'eau et du feu.

«Il faut vaincre!» se disait le Kakoutsthide; «Il faut mourir!» se disait Râvana. Tous deux ils firent voir dans cette bataille la suprême essence du courage.

Enfin le vigoureux monarque aux dix têtes encoche à son arc des flèches, et, visant le drapeau arboré sur le char du Raghouide, il envoie ses dards avec colère. Mais, sans toucher le drapeau flottant sur le char de Pourandara, les flèches viennent frapper la pique en fer debout sur le véhicule et tombent amorties sur le sol de la terre.

Alors, bouillant de courroux, le fort Râma bande son arc et songe à rendre, coup pour coup, la pareille à son ennemi. Il vise le drapeau de Râvana et lui décoche un trait, flamboyant de sa propre splendeur, irrésistible et tel qu'un grand serpent.

Cette flèche, après qu'elle eut tranché l'étendard, s'abattit sur la terre, et le drapeau coupé du monarque tomba du char sur la plaine.

À la vue de son étendard abattu, le décacéphale aux vastes forces fut comme embrasé dans le combat par le feu qui s'allume au souffle de la colère, et, incapable de modérer sa fureur, il fit pleuvoir une averse de flèches.