«Nous tous alors de fouiller entièrement la région du midi, mais en vain; ni Sîtâ la Vidéhaine, ni Râvana son tyran, ne s'offrit à nos regards. Enfin, épuisés de fatigue, dévorés par la faim, consumés par la soif, déchirés par la crainte de Sougrîva, nous cherchons un abri au pied des arbres, tous le visage sans couleur, tous plongés dans nos réflexions, sans trouver nulle part un moyen pour aborder à la rive ultérieure de ce vaste océan d'incertitudes, où flottaient nos esprits ballottés. Tandis que nous promenions çà et là nos regards, nous entrevîmes, caché sous des buissons et des lianes, un antre ouvert, comme une grande bouche de la terre.
«Il en sortait, et des cygnes, avec des gouttes d'eau tremblottantes sur leurs ailes, et des pygargues, et des grues indiennes, et de ces oies rouges, qu'on appelle des tchakras, et des gallinules, et des canards, les plumes stillantes d'eau, tous mêlés à d'autres oiseaux aquatiques.
«Voici quelle pensée nous vint à l'esprit devant le spectacle de ces volatiles, hôtes accoutumés des eaux: «Mes bons quadrumanes, dis-je à mes compagnons, entrons là!» Et tous, ils se réunissent à mon conseil d'un accord unanime. «Entrons donc! marchons!» s'écrient à la fois tous mes singes, se hâtant d'accomplir cette commission que nous a donnée le maître. Nous alors de nous tenir fortement l'un à l'autre enchaînés par la main et d'entrer, sans plus réfléchir, dans cette caverne enveloppée de ténèbres. Voilà quelle est notre mission; voilà quel fut le motif qui nous fit entrer dans cette caverne: au moment où nous vînmes près de toi, nous allions tous périr de faim. C'est alors que, remplissant à notre égard le devoir de l'hospitalité, tu nous a donné des fruits et des racines: nous les avons mangés, déchirés que nous étions par la fatigue et la faim. Parle! que doivent faire les singes pour s'acquitter envers toi de ce bon office?»
À ce langage, que lui adressait le fils du Vent, la pénitente aux vœux parfaits répondit en ces termes à tous les singes:
«Je suis contente de vous tous, singes à la grande vigueur: je marche dans le devoir; ainsi, personne n'a rien à faire ici pour moi.»
Hanoûmat lui tint de nouveau ce langage: «Ta sainteté nous a parfaitement accueillis, moi et tous mes habitants des bois; tu nous as traités avec les honneurs de l'hospitalité, et notre accablante fatigue est maintenant dissipée. Nous t'avons fait connaître dans sa vérité la cause de notre voyage et raconté comment nous étions occupés à la recherche de Sîtâ la Vidéhaine. Le monarque des singes nous a fixé lui-même, en présence des quadrumanes, une limite de temps: «Une fois le mois accompli, revenez! autrement, je punirai de mort tout retardataire!»
«Tel est, noble dame, l'ordre que nous avons reçu du maître. Sans doute les singes, à la marche légère, ont déjà fouillé toutes les autres plages. Mais nous, à qui la région du midi fut assignée par Sougrîva, cet antre ouvert s'offrit à nos yeux, après que nous eûmes couru de tous les côtés à la ronde. Entrés étourdiment ici pour continuer la recherche de Sîtâ, nous n'y voyons pas, femme à la jolie taille, un chemin de sortie qui nous mène dehors.»
À ce langage d'Hanoûmat, alors tous les singes, joignant les mains pour l'andjali, disent à la pénitente, fidèle à suivre le devoir:
«Depuis que nous promenons çà et là nos courses sous les voûtes de cet antre obscur, le temps qui nous fut accordé par le magnanime Sougrîva a franchi déjà sa limite. Veuille donc nous conduire tous hors de ces lieux, car le roi Sougrîva, outre qu'il est sévère, met ses plus grands soins à plaire au noble fils de Raghou. Nous avons à terminer, sainte anachorète, une laborieuse affaire, que nos longues erreurs dans ces lieux nous ont empêchés d'accomplir.
«Ainsi, daigne nous protéger dans la crainte que nous inspire ce roi si terrible, et veuille bien nous tirer de cette caverne impraticable.»